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Les deux hommes pénétrèrent sous bonne escorte dans le Palais Blanc, siège du pouvoir Zerrikanien.
Leurs armures avaient été un fardeau sous le soleil brûlant du désert de Korath, qu’ils avaient traversé pour atteindre Thessos. Un long voyage au départ de Kaer Seren, en Kovir et Poviss, les avait conduits à parcourir les royaumes du nord, Brugge, Cintra, de longer la partie septentrionale de la Mettina, de rejoindre Toussaint et Geso. Puis, ils étaient entrés dans le désert de la brûlure permanente. Affrontant tempêtes de sable et bandits, chaleur et créatures, l’ouverture des portes palatiales, aux doubles battants ouvragés de motifs bucoliques, représentait la conclusion de ce long et dangereux périple.
_ “
Sire Keldar, sire Coen. Par le dragon doré, soyez les bienvenus en terre Zerrikanienne
” leur adressa obséquieusement un gros eunuque chauve, avec la voix fluette d’un homme émasculé dès l’enfance.
Il reprit “
Son altesse Sundara vous attendait avant la fin de Blathe…
_ Bonjour. Nous avons rencontré des difficultés imprévues, veuillez nous pardonner pour ce retard
”, précisa Keldar, le plus âgé des deux. L’eunuque eut un geste de recul en croisant le regard du sorceleur, aux yeux jaunes et verts, au cristallin parsemé de stries rouges. L’iris était noir mais sa forme était atypique. Le gros homme chauve n’avait vraisemblablement jamais rencontré de sorceleur, et enchaîna avec une voix encore plus aiguë, qui trahissait l'émotion forte provoquée par ces yeux inhumains, tachant cependant de maintenir une posture convenable.
Il en avait oublié de se présenter.
_ “
Je vous prie de me pardonner ce manque de courtoisie car son altesse Sundara a exigé une entrevue dès votre arrivée. Vous pourrez ensuite vous délasser dans les bains et prendre vos appartements. Par ici, son altesse vous attend dans le patio d’honneur.
”
Ils traversèrent plusieurs grandes salles et couloirs qui les séparaient de la souveraine, gouttant à l’air frais qui y circulait. Le savoir-faire zerrikanien était l'héritier de traditions ancestrales et les architectes de Thessos eux-mêmes étaient les gardiens d’un précieux savoir. Un savoir qui leur permettait par exemple de faire transiter de l'air frais au sein des bâtiments alors qu’au dehors, le soleil frappait la terre avec toute la chaleur de ses rayons.
Le vieux Keldar observait chacun des détails que ses sens aiguisés pouvaient capter. Les odeurs que son nez aquilin humait, les sensations que sa peau brûlée par le soleil éprouvait, il les analysait. Car Keldar, en sa qualité d'éminence intellectuelle de l'école du Griffon, tenait un carnet de voyage, qui, il l'espérait, viendrait grossir la grande bibliothèque de Kaer Seren. Toute information, tout savoir qu’il capturerait lors de ce périple serait immortalisé au sein de ces pages qui, dans son idée, présentaient les mille merveilles de Zerrikania. Le gros eunuque s'arrêta subitement, replissa sa robe de soie jaune et se tourna vers les deux sorceleurs.
_ “
Messires sorceleurs, en Zerrikania, l’usage est de mettre les deux genoux à terre devant la souveraine. Puis, si elle vous salue, d’en redresser un et de laisser l’autre à terre.
_ Oui j’ai connaissance de cette tradition et en ai averti sire Coen. N’ayez crainte, nous respectons les protocoles de nos hôtes.
_ Nous ne sommes pas rustres comme les loups ou les ours
", murmura Coen, avant de reprendre à haute voix “
et si la souveraine ne nous salue pas?
_ Un tel scénario ne serait pas enviable, et aurait pour conclusion logique un séjour dans nos geôles. Mais n’ayez crainte, vous êtes attendus avec impatience. Bien
”. Il conclut en frappant une porte en bois massif sur laquelle était sculpté un dragon dont chacune des ailes se déployait sur l’un des battants et le recouvrait presque entièrement. On entendait le sourd battement de tambours et des rires aigus à travers la porte.
----- CHAPTER BREAK -----
La lourdeur du silence qui suivit l'entrée du trio était en contraste parfait avec la probable agitation de la salle, un instant plus tôt. Musiciens bigarrés, courtisanes dont les robes transparentes laissaient paraître des seins charnus pour certaines, aux mamelons tatoués pour d’autres, mais aussi gardes eunuques et même quelques soldats et quelques guerrières des sables ; tous fixaient silencieusement le trio qui avançait vers la monarque de Zerrikania. Seul se faisait entendre le bruissement des feuilles et le flottement des toiles pare soleil abritant le patio, agités par une légère brise.
Les deux sorceleurs inclinèrent les deux genoux devant la souveraine, le vieux avec agilité et le jeune avec une certaine maladresse. Il traînait une blessure depuis la veille, un accrochage avec des brigands de grand chemin.
_ “
Reine Sundara, première de toutes les femmes du monde, les sires Keldar et Coen s'inclinent devant vous
”, introduisit l’eunuque chauve. Contrairement aux autres écoles de sorceleurs, les membres de la maison du griffon étaient familiers de l’entourage des prince. La lourdeur protocolaire les laissa donc de marbre. Dans chaque cour majeure, les souverains étaient présentés de manière superlative. C'était un trait presque universel. Leur attention était davantage portée sur le visage austère de la “première des femmes du monde”, qui ne laissait transparaître aucune expression.
_ “
Je vous salue messires sorceleurs. Et vous suis gré d’avoir accompli ce long périple depuis Kovir et Poviss
”.
Comme un seul homme, les deux guerriers redressèrent l’un de leur genoux,
Elle se leva. Sa cape de soie rouge ornée d’un dragon doré chuta, laissant découvrir deux seins généreux et fermes sous la transparence d’un riche bustier sans bretelles. Contrairement aux usages des femmes nordiennes, son corps était tatoué d’or et une broche du même métal, munie de deux rubis, transperçait son nombril. L’ouverture de cette tenue tranchait avec l’expression fermée de ce visage dans un étonnant contraste.
_ “
Que l’on me laisse seule avec mes hôtes”
lança-t-elle à l'assemblée qui s'exécuta à l'exception d’un vieil homme, immédiatement introduit par la reine Sundara
. “ Sire Imad, suivez-nous je vous prie.
_ Bien votre altesse
”
Ce nom, Coen et Keldar le connaissaient. Le second ne manqua pas de le faire remarquer quand le groupe se dirigea vers un bassin.
_ “
Imad Asem, c’est une surprise mais également un honneur de vous rencontrer. Je n’aurais jamais cru…
_ Depuis le Jour du Feu? Jeune ami, moi non plus
.” Si Keldar était âgé, Imad Asem l'était plus encore. Ses yeux laissaient néanmoins paraître une sagacité juvénile, auxquels les mouvements rapides de ses pupilles de chat ajoutaient un supplément de vivacité.
A l’opposé du grand bassin, la reine se dévêtit, comme si la chose fut naturelle devant deux inconnus. C’est nue qu’elle entra dans l’eau.
Le vieil Imad, qui l’imita
sans sourciller, tança les nordiens qui montraient moins d’entrain.
_ “
Allons ne faites pas preuve d’une pudeur toute nordienne. Elle n’a pas sa place dans nos contrées.
_ Est-ce l’usage à Kaer Treddmorh de s’afficher publiquement dans le plus simple appareil ?
”
Pour toute réponse au jeune Coen, Imad Asem laissa échapper un râle de satisfaction en s'immergeant progressivement dans l'eau tiède tandis que la reine Sundara ne prenait pas la peine de dissimuler sa délectation. Elle se rafraichissait en entamant quelques brasses. Les toiles colorées du patio filtraient une lumière multicolore et enchanteresse tandis que les dizaines palmiers et autres végétaux entourant le point d’eau conféraient au lieu une atmosphère d’oasis perdu et verdoyant.
_ “
Jeune ami, depuis le Jour du feu, Kaer Treddmohr ne compte plus qu’un seul résident, moi. Il est donc naturel que la pudeur ne soit plus de mise pour l’école de la Manticore
”
Coen resta à l'écart, il ne s’afficherait pas publiquement dans le plus simple appareil. Pour éviter de froisser la souveraine, Keldar se déshabilla et se jeta à l'eau.
_ «
Quel sorceleur ignorait la tragédie qui frappa l'école de la Manticore ? Un terrible accident
». Enchaina-t-il après le petit plouf que son corps d’anguille avait provoqué.
_ «
Au cours duquel le prince Minadr fils de l’Aladath fut assassiné. Oui sire sorceleur, je vois à votre regard interdit que vous l’ignoriez. Mon fils faisait bien partie du convoi qui fut attaqué, son dernier voyage
».
La souveraine s’était accoudée au rebord, elle saisit une coupe.
_ «
Quoi de plus terrible pour une mère que de perdre un fils ?
» Tenta Keldar, peu habile sur le terrain des émotions, tout sorceleur qu’il était. Pour un sorceleur, les banalités, a défaut d’être pertinentes, restaient la réponse la moins déplacée en pareille situation. La souveraine ne s’épancha pas.
_ «
Et pour une reine de perdre le prince héritier
», répondit-elle. «
La mère pleure son enfant chaque jour que le dragon doré accorde à l’univers. Tout me le rappelle, le cliquetis de l’eau, les armes de mes gardes, ses appartements où rien n’a été déplacé depuis son départ.
» De la fermeture, son visage passait à une forme de résignation. Toute puissante qu’elle était, le dragon doré, maître de l’univers dans la religion zerrikanienne, lui avait repris son enfant. C’était auprès de lui que Minadr passerait le reste de l’éternité désormais et elle n’avait aucune prise sur le destin, toute souveraine de Zerrikania fut-elle. Elle redressa la tête et fixa fermement Keldar «
Et la reine se désole des conséquences de cet assassinat. Pour quelle raison pensez-vous que Minadr parcourait le désert aux mille dangers, maîtres sorceleurs ?
_ Nous n’en savons rien, intervient Coen
”, qui avait fait l’effort de tremper ses pieds dans l’eau.
_ «
Comme le souligne mon frère sorceleur, nous n’en avons aucune idée Dame Sundara. Toutefois, vous avez employé le terme d’assassinat. Je présume donc qu’à vos yeux, votre fils a été tué avec préméditation
».
Keldar savait dissocier le vrai du faux. Cet art, il le tenait d’une capacité hors pair à analyser et comprendre les nuances de la langue. Comment en aurait-il été autrement venant d’un sorceleur qui avait appris chaque ligne du Liber Tenebrarum et les restitua sans bévue, sans approximation, sans la moindre faute, afin de d’intégrer l’école du Griffon ? Il fut le premier à opter pour cette épreuve, plutôt que de chiper l’œuf d’un griffon comme tous avant lui et probablement après lui. Il marqua ainsi l’histoire de l’école du Griffon par sa mémoire et, dans une certaine mesure, son intelligence hors du commun.
Son esprit était un édifice, aussi habilement construit que le Palais blanc. Pierre après pierre les architectes zerrikaniens avaient concrétisé cette merveille d’entrelacs, de voûtes et d’ornement. Page après page, Keldar avait construit son expertise du monde des monstres, de la magie et des sciences. Attentif aux nuances, il mobilisait son puissant intellect pour extraire les informations cruciales des propos de la souveraine, qui continuait.
_ «
Mon fils était parti en ambassade pour la Mettina. Il devait y rejoindre sa future épouse, la princesse Hypaserina.
_ Ce tragique accident a donc mis un terme au rapprochement de la Zerrikania avec la Mettina je présume.
_ Vous présumez avec justesse. Toutefois là n’est pas le plus préoccupant malgré tout
”. Le silence du patio faisait peser une atmosphère presque cérémonielle. “
Mon fils a été assassiné, et à dessin. Sire Keldar, cet événement n’est pas le fruit du hasard, il résulte d’une manœuvre d’ennemis de la couronne que je veux débusquer.
_ Si je comprends, vous souhaitez que deux sorceleurs mènent une enquête qui de près ou de loin, nous amènera sur le terrain politique…
_ Reine Sundara, notre code d’honneur nous dicte une stricte neutralité. Nous ne pouvons interférer avec les affaires des rois.
” Trancha Coen, qui s’agitait. Il poursuivit en se redressant “
Si tel est le cas nous ne pourrons intervenir dans cette affaire, aussi légitimes que puissent être vos griefs
”.
Le vieil Imad approcha de Keldar et lui tendit une coupe puis fit de même auprès de Coen. Ne craignant pas l’empoisonnement, les sorceleurs burent. Imad but également, avec délice ce vin de Beauclair, puis il intervint.
_ «
Et quoi de plus normal ? Aucun sorceleur digne de ce nom ne peut enfreindre notre code d’honneur. Toutefois, je crois que certains éléments doivent être portés à votre connaissance avant toute décision.
Je faisais partie de ce convoi. Que mes yeux pourrissent plutôt que d’être de nouveau témoin d’un tel évènement. Pourtant les poètes le baptisèrent Jour du Feu…. J’étais présent, moi, vieux sorceleur et voyez, je suis présent devant vous et soutiens le bien-fondé de cette demande.
_ De cette offre
», rectifia la reine.
_ «
De cette offre. Sires sorceleurs, avez-vous ouï le récit de l’attaque ?
» Imad ne laissa pas ses interlocuteurs répondre «
Revenons-en aux faits les plus nus. Nous traversions le désert de Korath. Engouffrés dans la section la plus critique du parcours, dans les gorges de Kazan, un élémentaire de feu nous a attaqué.
» Le vieux guerrier, se remémorant probablement l’horreur de la scène, vida d’une traite son verre de vin «
Le colosse de 20 mètres a d’abord détruit le chariot de tête, bloquant la progression du convoi. Impossible de faire demi-tour, l’étroitesse des gorges ne permettait pas de manœuvrer les chariots. Puis, il a déversé sa haine, en ciblant avec une précision mortelle le prince. Précision étonnante vous en conviendrez, vous qui avez certainement affronté quelques élémentaires au cours de vos périples.
»
Intrigué, Coen se rassit, et se dévêtit pour rejoindre l’assemblée, gardant cependant sa chemise.
Il intervint, ne remettant pas en doute les dires d’Imad. Le vieillard était sorceleur, ses sens n’étaient pas affectés par l’âge et son expérience ne laisserait pas place à des approximations de jeune premier.
_ «
En effet, un élémentaire n’attaque jamais avec tant d’intelligence. De plus, 20 mètres, la hauteur est pour le moins surprenante. Sire Keldar le confirmera…
”. Le vieux Keldar restait silencieux, il écoutait avec attention toute information parvenant à ses oreilles rondes.
_ «
Trop de faits permettent de comprendre que cette attaque a été planifiée, savamment planifiée. Le lieu, le moment, la manière dont elle fut conduite mais aussi cette taille hors norme. Cet élémentaire était quatre à cinq fois plus grand que ses congénères. Puis la tempête de sable qui suivit et qui empêcha les rares survivants de pister la créature et même d’approcher du champs de bataille. Mais ce n’est pas tout. Après l’attaque, une affiche symbolisant une wyvern fut placardée aux portes de Kaer Treddmohr. Elle était fixée avec l’épée d’argent de mon frères Ivano. Le jeune Ivano…
_ Et jusque dans certaines salles du palais blanc. Deux affiches, deux wyverns, deux épées de sorceleurs
» réagit la reine.
_ “
Avec mes frères nous avons lutté. L’école de la Manticore, unie comme un seul homme, se dressa entre le monstre et le prince. C’était notre place. Six épées d’argent brandies, le signe de Quen pour protection et nos potions pour soutien. Je suis le seul à en avoir réchappé, poussé par le jeune Ivano dans un petit précipice avant le choc. J’évitais ainsi le sort funeste qui figea mes compagnons à jamais dans la poussière et les cendres du désert. Tombés, tombés… tombés sous un déluge de feu, terrassés par une tempête de fureur. Puis j’ai fui, entrainé par quelques auxiliaires. J’ai ainsi laissé mes frères derrière eux et leurs épées avec
».
Le vieil Imad avait relaté avec peine ce récit. Sa mémoire ne lui faisait pas défaut mais il exposait aux membres de l’école du Griffon que l’école de la Manticore avait été annihilée par un monstre. Colossal certes, mais cet élémentaire n’en restait pas moins un monstre, adversaire naturel du sorceleur. Et pourtant, ses cinq compagnons avaient bel et bien été anéantis comme des moucherons. Insulte suprême, leurs épées avaient été capturées puis avaient servies à afficher la signature de ce forfait. Le plus difficile restait peut être qu’Imad avait présenté sa lâcheté, compréhensible certes, mais qu’un sorceleur ne pouvait assumer en gardant la tête haute.
Le déshonneur était plein, Coen et Keldar, privés d’émotions du fait de leur condition de sorceleur, compatissaient pourtant avec sincérité.
_ «
Si un seul de mes frères était encore sur cette terre, croyez bien que nous serions déjà aux trousses de ceux qui se rallièrent sous le symbole de la wyvern. Que nous laverions cet affront en retrouvant les deux dernières épées. Mais je suis seul, vieux et force est de le reconnaitre, mon corps n’est plus aussi fort que jadis
»
Il s’approcha des deux sorceleurs, solennel «
Pouvons-nous compter sur vos épées pour traquer ce danger sommeillant sous le sable du désert ? Pour laver cette insulte, ce crachat sur le visage de la Manticore et de tous les sorceleurs ?
»
Keldar rompit son silence.
_ «
Puisqu’il en va de l’honneur des sorceleurs, comment vous refuser notre bras sire Imad ?
»
----- CHAPTER BREAK -----
Sur ordre de la reine Sundara, un banquet fut organisé en l’honneur des deux sorceleurs. "Un banquet improvisé" précisa le gros eunuque chauve. Il s’avéra finalement être le grand chambellan Azan._ “ Rien d’extravagant ”, ajoutait-il en escortant les sorceleurs sur le chemin qui séparait leurs quartiers du grand patio “ Une poignée de convives triés sur le volet, un peu de nourriture et quelques rafraichissements.
_ Improvisé, je crois que nos hôtes nous attendent depuis la dernière lune. Regarde le nombre de tonneaux que ces gros bras manoeuvrent ! ” chuchotait Coen, faisant son possible pour ne perdre de vue le gros Azan. Car la foule était si nombreuse qu’ils peinaient à suivre le chambellan. Contre toute attente, l’eunuque se faufilait agilement entre les convives, probablement rôdé à cet exercice, et devançait les sorceleurs. Si ces derniers ne perdaient pas sa trace, c’était en raison des appels aigus d'Azan, de sa robe blanche écarlate et de leur acuité surhumaine. Ils entrèrent dans le patio, la porte au dragon était grande ouverte. Azan, tel une vouivre bicéphale, donnait de la tête ça et là. Invectivait-il un serviteur sur l'importance de soigner sa posture qu’un instant après il saluait avec révérence un des nobles convives.
_ « Je serais curieux de venir un jour de grande affluence. Un petit comité, c’est bien ce qu’il disait ?
_ Ce sont les zerrikaniens. Ces peuples du sud peuvent se montrer excessif » ajouta Coen, sans faire non plus montre de mesure dans son jugement. Le chambellan leur faisait un signe de la main.
Visiblement, ils siègeraient immédiatement à la gauche de la reine Sundara “ Et voilà la place d’honneur nous échoit. C'est pas croyable… ” bouillonnait Coen, décidément d’humeur bilieuse depuis la sortie du désert de Korath. Cette irritabilité surprennait Keldar, ce n’était pas le tempérament habituel de son jeune compagnon. Oh, bien entendu, tout être intelligent, qu’il soit de bonne composition ou non, peut démontrer de la mauvaise humeur, de la lassitude, du mauvais esprit. Ces instants sont toutefois motivés par quelque raison. Or, il ne semblait pas que Coen puisse faire valoir quelque bonne justification pour expliquer sa mauvaise volonté. Il observait la scène, les regards curieux qui suivaient son passage puis qui subitement se détournaient quand il les regardait en retour, comme devant une bête de foire, un fauve de contrées lointaines. Tout bien réfléchi, c’était d’être au centre de l’attention qui le crispait, c’est ce qu’il comprenait tout du moins.
Distrait par la grâce d’une courtisane fort légèrement vêtue et qui, elle, ne détourna pas les yeux, Coen heurta un jeune homme, typiquement zerrikanien. Ses yeux à lui étaient entourés de khôl noir, sous le léger duvet de son crane tondu, on voyait le contour de tatouages énigmatiques. Deux petits iris sombres, qui fixaient le sorceleur avec un regard de teigne.
_ « Excusez-moi »Pour toute réponse, le zerrikanien marmonna. Il se tourna vers Coen. En voyant cette armure affublée d’un griffon et ces yeux, sa langue se délia._ « Un sorceleur. L’école du griffon si je ne m’abuse.
_ Vos connaissances sont justes.
_ Il y a peu les sorceleurs arpentaient en nombre les couloirs du palais.
_ L’école de la Manticore, oui. Nos confrères.
_ De la Manticore comme vous dites. Nous n’en croisions plus à part le vieillard qui suit la reine tel un chat de compagnie. C’est à croire que les sorceleurs poussent comme la moisissure au contact de l’eau du grand patio. Après la Manticore, le Griffon… »
Coen perçut une inimitié latente, une agressivité passive. Elle ne pouvait s’expliquer par cette bousculade. Il n’eut cependant pas loisir de creuser la question, le zerrikanien disparut dans la foule.
Puis il fut tiré par Keldar et ne put suivre cet énergumène. Le chambellan s’impatientait. Ses petits bras gesticulaient en direction de la table d’honneur.
Sur la longue table couverte d’une nappe rouge et or était réuni le gratin de la Zerrikania. La souveraine au centre, bien entendu, qui rayonnait dans une robe orientale aux teintes fauves. La noblesse pouvait contempler sa tenue de soirée : une cape maintenue par des broches d’or blanc. Deux broches de belle taille qui représentaient chacune des ailes opposées d’un dragon, déployées de ses clavicules jusqu’à ses épaules. Une myriade d’étoiles en or jaune illuminaient sa belle chevelure noire de jais, coiffée avec une habileté sans pareille dans les royaumes du nord. Autour d’elle, une vingtaine de hauts personnages riaient, discutaient aussi bien de banalités que de questions de première importance. Seuls deux sièges étaient libres.
_ “ Sires sorceleur, approchez ” Elle les invita à prendre place à sa gauche, le plus vieux immédiatement à ses côtés. “ Je vous présente mon second fils, le prince Alvo de Thessos ”
Le prince se leva. Grand et fin, il avait la tête haute et une belle stature. Un léger bec de lièvre gâtait sa noble composition mais sa face était soignée. Noire comme le jais, une petite barbe finement taillée, sculptée de motifs sur les joues - les contours d’ailes de dragon - lui conférait une autorité toute orientale.
_ “ Sires sorceleurs, je partage la joie de ma mère. Au nom de la Zerrikania, je vous remercie d’avoir répondu favorablement à notre appel . » Les deux serviteurs qui se tenaient à proximité du siège de la souveraine offrirent une coupe sertie de pierres précieuses aux sorceleurs. Elles étaient pleines d’un breuvage tout aussi raffiné, de l’hypocras doré. « La moindre de vos demandes sera un commandement au sein du palais, j’y veillerai personnellement ». Il leva sa coupe en direction de ses hôtes et trinqua en leur honneur, puis la tourna en direction de l’assistance « A nos amis sorceleurs, venus de Kovir et Poviss. A l’école du Griffon ! ». La salle l’imita, clamant en chœur « A l’école du Griffon ».
Le prince fit un signe au chambellan Azan, qui frappa sur un accessoire métallique. Des musiciens, des danseurs, des cracheurs de feu firent leur entrée. On entendait ça et là des « oh » de ravissement et des « ah » de surprise, que les convives émettaient devant les pirouettes et les farces des artistes. Les serviteurs redoublaient d’agilité pour éviter cette joyeuse compagnie, avec maladresse pour certains. Un jeune commis manqua de trébucher avec son chargement. Saisissant l’occasion d’une farce, un bouffon, coiffé de grelots, déroba le plat dans lequel cinq grosses volailles caramélisées siégeaient dans une riche composition. Pris en chasse par le commis, le bouffon piaulait comme un poulet, provoquant l’hilarité de l’assistance « Cot cot Cot ! Ce jeune homme veut me rôtir ! Cot cot ! Me caraméliser ! Cot cot cot Codek ! ». Le serviteur, hilare également, arrêta la poursuite. Le bouffon apporta en effet le plat au prince Alvo : « Messire, la chasse du jour !
_ Je t’en suis gré mon bon Tartupor ! Mais toi qui singeait la poule, ne devrais-tu pas être rôti et caramélisé comme tes amis volatiles ?
_ Oh non, messire ! Ce serait gâcher ! Mais si tel est votre désir permettez moi de vous suggérer une recette nordienne en l’honneur de nos invités.
_ Voilà que la volaille montre des manières plus raffinées que sa chair !” s’esclaffa le prince en direction de l’assistance.
_ Voyez vous messire, les nordiens cuisinant le coq au vin, vous pourriez m’offrir une coupe afin que je n’en sois que meilleur ! Ou mieux, un tonnelet plein, que je boirais jusqu’à la lie !
_ Fort bien mon bon Tartupor ! Échanson ! Qu’il boive ! Nous aviserons après Sire Poulet ! » Conclu hilare le prince, en tapant amicalement le dos de Tartupor « Et servez donc ce brave commis également. La farce de Tartupor doit lui avoir donné grand soif ! ».C'est depuis ce jour que le l'espiègle dadet appelé Tatupor devint "Tartupor, le Sire Poulet". L’ambiance était festive, les sorceleurs également. Keldar esquissait même un sourire tandis qu’une courtisane faisait du grain a Coen, qui ne se montrait pas indifférent aux charmes orientaux. Une telle agitation tranchait significativement avec la grande salle de Kaer Seren.
_ « Tu es de meilleure humeur Coen.
_ La dame m’a proposé un rendez-vous sous les alcôves cette nuit. Comment ne le serais-je ? Il faudrait être bien aigri pour être grincheux.
_ Comme ces trois zerrikaniens là-bas ? Regarde discrètement je te prie ».
Les bras croisés à coté d’une colonne du fond de salle, trois hommes, les yeux entourés de khôl, tatoués de vert et noir, les fixaient l’air mauvais. Ils ne riaient pas, ne bougeaient pas, ne mangeaient ni ne buvaient. Ils fixaient les sorceleurs en communiquant visiblement par messe-basses, et c’est pourquoi Coen les remarqua. Le premier était un gras, l’autre portait une cicatrice qui courrait de son front au bas de la mâchoire et traversait un œil mort. On distinguait une longue boucle d’oreille sur le lobe gauche du troisième.
_ « Les trois Gus au khôl noir... J’ai bousculé celui avec la boucle d’oreille.
_ Bien, bien Coen, je te félicite pour tes efforts diplomatiques.
_ C’était un accident. Mais sa réaction était excessive, menaçante même.
_ Comment cela ? »
En rapportant les propos du zerrikanien à Keldar, Coen eut la confirmation de son intuition. Ces menaces à peine voilées intriguaient le vieux Keldar.
_ « Allons tirer au clair les dessous de cette menace. Pas d’effusion de sang, nous les ferons sortir avec nous et les questionnerons en dehors du patio. Après la Manticore le Griffon… . »
Alors qu’ils se levaient, les musiciens entonnèrent une ductia nordienne. Le tohu bohu s’intensifia, des nobles de la grande table se levèrent, suivant les sorceleurs.
_ « Allons danser sires sorceleur, quelle bonne idée ! »
Avec délicatesse, Keldar redirigea une dame vers un autre cavalier. Elle avait attrapé sa main pour entamer une danse. A l’approche des deux sorceleurs, les trois hommes levèrent le camp. Coen ne put poursuivre, attrapé par sa douce courtisane, qui ne lui laissa pas loisir d’émettre la moindre objection, malgré sa résistance. Il était tiré vers une alcôve.
C’est seul que Keldar poursuivi le groupe dans les couloirs. Par bonheur, la souveraine n’avait pas fait l’affront aux sorceleurs de se délester de leurs armes. Il était seul mais armé, contrairement aux trois hommes qui bousculaient les badauds sur leur chemin.
La poursuite aboutit dans une cour fermée. Aucun convive n’avait eu l’idée de s’y isoler, par chance.
_ « Allons messires. Pourquoi tant de hâte, nous n’avons pas même été présentés ».
Le gros était infecte de près, des scarifications profondes marquaient son visage et dessinaient ce qui semblait être un motif de dragon. Il répondit du tac au tac._ « Pour le peu de temps qu’il vous reste à vivre sorceleur, de telles formalités seraient une perte de temps. _ Et vous avez la sottise de me menacer. Même a trois, vous n’êtes pas de taille ».
L’homme a la boucle d’oreille laissa son orgueil répondre.
_ « Nous en comptons déjà cinq à notre tableau de chasse. Un griffon isolé ne sera pas plus difficile à abattre que cinq Manticores unies.
_ Allez assez parlé les affreux ».
Keldar se mit en garde, à raison. Les hommes s’avéraient être des mages, l’un d’eux cracha au sol avant d'ouvrir un portail magique duquel sorti un golem des sables.
Certains que le sort du sorceleur en était jeté, ils s’y engouffrèrent._ « Adieu chien ! La wyvern te salue ».
Keldar n’eut pas de temps de répit. Le golem chargea. C’est par une roulade sur la droite qu’il évita le monstre, qui, dans sa lancée, réduit un palmier en charpie.
Par reflexe, il activa son bouclier défensif, le signe de Quen.
La bataille s’engagea alors entre le sorceleur et le golem.
----- CHAPTER BREAK -----
Le colosse de sable écrasait statues et végétaux de toute taille. Manifestant une habileté étonnante, il lançait de violentes tornades de poussière et de roche en direction du sorceleur, quand il n’écrasait pas le sol en y précipitant les deux monolithes qui lui servaient de bras. Rapidement, ses cris et le vacarme attirèrent une foule de courtisans curieux, qui se ruèrent sur les balustrades supérieures de la cour. Ces inconscients ne comprenaient pas le danger de la situation. Ils croyaient en un spectacle organisé par la souveraine a fin de divertissement !
Alors que le golem se dirigeait vers un groupe de téméraires qui tentait de récupérer des fragments de statue, Keldar détourna son attention par une manœuvre dangereuse : il courut et glissa entre les jambes du monstre, ne manquant pas de lui ratisser l’entrecuisse avec son épée. La manœuvre fut un succès, le golem changea de trajectoire et se concentra de nouveau sur le sorceleur.
_ "
Bon sang écartez-vous ! "
les invectiva Keldar avec colère.
Des gardes intervinrent pour sécuriser le périmètre, soulageant le sorceleur d’une problématique accessoire au combat. Ils n’étaient eux-mêmes pas certains que cet affrontement ne soit l’une des attractions de la fête.
_ "
Écartez-vous ! Écartez-vous !
" hurlait-il.
Les bêlements du sorceleur excitèrent la foule, qui trépignait devant ce spectacle plus vrai que nature.
_ "
Oh regarde mon doux Ismail, il est agile comme un chat !
" Entendait-on ici de la bouche d’une jeune dame._ "
Mère, mère, moi aussi je veux faire de la magie comme le sorceleur !
" Entendait-ton là, quand le sorceleur lança les flammes d‘Igni contre le monstre.
Keldar enchainait les attaques et les parades, sous les hourras. Coup d’estoc sur la gauche, doublé d’un tranchant sur la droite. Mais comme des coups d’épée dans l’eau, la lame traversait le corps sablonneux du golem. Rien n’y faisait ! Pire, à chacune de ses tentatives le sorceleur encourrait le risque d’être écrasé sous la masse de sable.
Le signe d’Ard ne fonctionnait pas, le sable s’écartait sous le souffle puis se recomposait. De même, il aurait été aussi inefficace d’utiliser la force d’Axii contre cette créature que contre un mur.
Le sorceleur remarqua néanmoins qu’Yrden solidifiait le corps du golem. Un enchainement rapide avec Igni permit de carboniser une petite partie du corps du golem :
le sable était transformé en verre. Malheureusement Keldar ne put exploiter cette potentielle faille, le monstre ne lui permettait pas d’approcher, il redoublait de fureur. La rapidité d’exécution requise pour cette manœuvre, la force et la fureur du golem, le risque qu’un badaud ne soit aplatit comme une galette, toutes ces difficultés rendaient la tâche plus ardue que jamais.
_ "
Bon sang de bois ! Coen !
" laissa-t-il échapper. "
Coen
" Hurla-t-il. Par bonheur il fut repris par la foule qui scanda le nom du second sorceleur dans un vacarme qui rivalisait avec les cris de la créature.
Après plusieurs esquives, Keldar comprit que seule l’agilité serait la clé de la victoire, et à plus courte échéance, de sa survie. Il effectua de nombreuses parades acrobatiques qui lui permirent de s'approcher puis de porter un coup violent sur la zone solidifiée, faisant chuter un morceau de verre. C’est au prix d’un trésor de dextérité et de nombreuses roulades qu’il avait atteint sa cible. L’une d’elle, trop tardive, ne lui permit pas d’esquiver un coup du monstre et il fut projeté au sol dans un scintillement de magie. Son bouclier de Quen avait été détruit par le choc.
Comme attrapé en plein vol par un aigle, il fut extrait in extremis de la trajectoire du colosse de sable par une main à la poigne solide.
_ "
Bon sang de bois Coen !
"
Ce n’était pas le temps des réprimandes, il donna la clé du combat a son confrère.
_ "
Yrden Igni !_ Occupe-toi d’Yrden ! "
Ils se séparèrent, prenant chacun une direction opposée du golem. Par bonheur, ce dernier prit le plus jeune en chasse. Frappant l’air et les alentours, il percuta le mur de la cour, faisant chuter un pan complet. Les gardes avaient pu écarter les badauds à temps.
_ " Keldar ! Yrden ! "
Le vieux s'exécuta tandis que le jeune attirait le monstre dans le cercle d’Yrden. Les sorceleurs libérèrent alors un déluge de feu.
_ “ Mange ca gros lard ! ” lança Coen. Le jeune avait bu un filtre de Petri qui décuplait la puissance de sa magie, déjà renforcée par son appartenance à l'école du griffon et l’expertise de ses membres dans ce domaine.
Cette attaque coordonnée fut un succès : les jambes du golem étaient vitrifiées, immobilisant la créature sur deux monolithes de cristal. S’il se débattait encore, n’avait plus d’autre alternative qu’une défense statique.
Le vieux Keldar se releva lentement, la précipitation n'était plus de mise car le monstre était désormais immobilisé. Il échangea un regard avec son frère d’arme, les paroles n'étaient pas nécessaires pour que chacun comprennent la marche à suivre.
_ “Le golem, ça se cuit comment ? "
blagua le plus jeune_ " ça se carbonise.
"
Le jeune n’eut pas loisir de rétorquer une tirade bien sentie. Ils laissèrent échapper les flammes d’Igni. En quelques instant le golem de sable fut transformé en statue de cristal.Sur des balustrades, les hourras de la foule décuplèrent d'intensité. Les deux sorceleurs étaient apparus en début de soirée comme des surhommes, ils étaient désormais des héros.
_ “ Et dire qu’ils croient à un spectacle._ Tant mieux si ça les a amusés. Qu’est-ce que tu faisais Coen
? Bon sang de bois, ce golem était un sacré morceau pour un sorceleur seul
! ".
Pour éviter le réquisitoire, Coen se tourna pour examiner la carcasse de verre sur laquelle dansaient le reflet des dizaines de torches. Transparente, elle n’était entachée d’aucune imperfection, signe que le golem avait été composé d’une traite, donc par une magie puissante.
_ "
Keldar, viens voir cette chose. C’est étrange ".
Le vieux sorceleur n’eut pas le temps de rejoindre son confère. Le périmètre de la garde avait rompu sous la liesse de la foule, qui se dirigeait comme une marée humaine vers les sorceleurs. Si Coen fut soulevé par un groupe de Zerrikaniens, son ainé parvint à éviter cette démonstration d’estime. Une haie d’honneur s’improvisa entre les guerriers et la reine Sundara qui approcha d’un pas lent.
_ "
Sires sorceleurs.” L’assemblée se tut, par déférence. Elle enchaina en haussant la voix, car désormais elle s’adressait à la foule “ Vous avez démontré ce soir que les sorceleurs sont les champions qu’attend la Zerrikania. Car si je vois parmi nous nombre de braves j’ai à présent une certitude. En croisant le fer aux côtés de ces deux héros notre royaume sera invincible. Le dragon doré reconnaisse les sorceleurs comme les amis de Zerrikania ! Zerrikania !” D’hystérie, la foule passa à une communion patriotique. Expérimentée, la souveraine su y répondre. " Fêtons ce jour ! Mes sujets, festoyons !", acclamée par une foule galvanisée qui retournait, telle une marée humaine vers le patio.
_ " Bravo sires sorceleurs, vous êtes des héros !" commentait un noble en passant a cote du sorceleur. Tandis qu’une autre lançait pus simplement un “ quel combat ! vous méritez bien un verre ! ” auquel répondait encore un autre badaud “un tonneau oui !”La cour se vida, la reine resta seule avec les sorceleurs. Son attitude trancha significativement avec l’entrain qu’elle manifestait un instant plus tôt.
_ " Que s’est-il passé ici ?
_ Nous avons rencontré la Wyvern ", répondit Coen instantanément, en passant son avant-bras musculeux sous ses grosses narines.
_ "
La Wyvern ?
_ Oui la Wyvern
! La wyvern qui a massacré nos frères de la Manticore. La wyvern qui a violé la sécurité de votre palais en plantant ces affiches dans le palais. La wyvern qui volé les épées de nos frères sorceleurs” C’était en ces termes que le sorceleur précisa la situation a la souveraine. L’adrénaline du combat et la redescente de la potion de Petri teintaient ses veines, devenues noires. Son teint, blanc comme un linceul, lui donnait une apparence de cadavre. Cette vision morbide dissuada la reine de toute sortie verbale. Cadavérique, Coen poursuivit avec une voix d’outre-tombe
_ " On s’est frotté a de la magie puissante. Regardez ! Vous voyez ce qu’il y a dans ce golem vitrifié ? Vous savez ce que c’est ? " Il pointait l’étrange cœur de son index.
La reine bégaya son ignorance avec peu d’assurance, déstabilisée par la brusquerie du guerrier.
_ " Non, non. Que… la Wyvern "
" Wyvern ", un mot, un simple mot du langage commun qui suffit à fissurer ce masque de souveraine puissante et libre. Il laissa apparaitre une femme effrayée, pour laquelle le mot «
wyvern
» et tout le contexte qu’il charriait, était synonyme de mort et de de dangers invisibles. La brusquerie de Coen accentuait ce désemparèrent.
_ " Nous non plus ! On ne sait pas ce que c’est que cette chose. Quoi
? Pourquoi tu me regarde comme ça "
Coen perdait toute contenance. Son mentor avait évalué le juste moment où il devait intervenir dans cet échange pour à la fois canaliser la rage du jeune sorceleur mais également éviter que la reine n’en subisse trop les contrecoups. L’instant se présentait, le vieux sorceleur prit la direction de de la discussion._ "
Majesté, pardonnez mon frère sorceleur. Approchons-nous si vous le voulez bien. Pas trop près, gardez une distance respectable. Voyez-vous cette étrange gemme illuminée d’une lumière verte d’une rouge et d’une bleue ? "
Les médaillons des sorceleurs s’agitaient avec force, ce qui intrigua davantage le vieux sorceleur. Il analysait cette étrange composition à voix haute.
_ "
Outre la structure parfaite de ce cristal, la force avec laquelle nos médaillons sont excités est une preuve supplémentaire de la puissance de ces mages. Mais regardons ce cœur de plus près. Ne remarques-tu rien Coen ?
_ Eh bien je vois trois mutagènes, vert, rouge et bleu, qui interagissent comme le montrent ces étranges flux de magie.
_ Oui mais quelque chose est plus étrange encore. Au centre de leur intersection, cette particule noire émet elle aussi une aura. Sombre et battante, elle semble donner un rythme précis a l’ensemble. Comme ces nouveautés mécaniques qui indiquent l’heure de jour et de la nuit ou ces objets astronomiques que nous avions pu rapporter a Kaer Seren pour les étudier.
Le système semble être autosuffisant. Les mutagènes alimentent la chose noire et cette dernière semble les alimenter en retour.
_ Keldar, je n’ai jamais rien vue de tel.
_ Force est de le reconnaitre que moi non plus. Dame Sundara, reconnaissez-vous cette chose étrange ?
"
La reine avait repris de la contenance. Elle répondit doucement par la négative, en faisant délicatement tourner sa tête. Le plus jeune des sorceleurs sentit ce parfum de jasmin, que cette longue chevelure bouclée charriait dans les airs. Il laissa échapper un petit sourire qui lui, n’échappa pas à la reine. Coen était absorbé dans ses pensées, desquelles Keldar l’extirpa sans ménagement.
_ "
Votre altesse, postez des hommes en faction autour de la cour. Qu’ils empêchent toute entrée mais qu’ils ne soient pas dans la cour. Sire Coen et moi nous relaierons pour veiller sur cette étrange entité.
_ Que crains tu Keldar ?
_ Nous ne comprenons pas cette magie ni l’importance de ce cœur. Peut-être est-ce un objet que nos ennemis ne peuvent se permettre de perdre. Dans ce cas, ils reviendront le récupérer. Nous devons parer à cette éventualité.
_ Bien. Je vais donner mes instructions. Bonne soirée sire Keldar. Sire Coen… “, Sundara les salua avec politesse et ils s’inclinèrent en retour.
_ «
Bon, je vais prendre le premier tour de garde. Tu as besoin de repos après avoir bu la potion de Petri. Reste tout de même sur tes gardes et sois prêt à faire face à tout moment.
_ La courtisane attendra.
"
