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Our Nights Have Grown So

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Le lien, Ben en est convaincu — ou la Force, ou les vestiges du pouvoir de Snoke, quoi que soit ce qui continue de les connecter l’un à l’autre aux pires moments possibles — a un sens de l’humour atroce. Il l’a aperçue en train de dormir dans un coin des salles de réunion, en train de courir dans ses quartiers, sabre laser au clair (ils ont tous les deux sursauté cette fois-là, Rey battant en retraite avec une volées des jurons les plus verts qu’il ait jamais entendus, en plongeant pour esquiver quelque chose d’invisible), en train de mâchonner des rations périmées, vêtements et cheveux trempés par la pluie. Les étoiles seules savent ce qu’elle voit quand il dort ; il vaut mieux ne pas y penser.Ceci, cependant — sortir de la douche avec une serviette autour de la taille, considérablement moins vêtu qu’en ce moment mémorable où elle lui avait demandé s’il avait une cape ou une tunique, pour la trouver debout près de son lit — ceci pourrait bien être le pire tour que le lien lui ait joué jusqu’ici.Ou le meilleur. Il avait aimé sa réaction devant son torse nu, les regards furtifs et le rouge aux joues et le souffle court. Tout aussi embarrassé qu’il ait été, il y avait eu une vraie raison, même si possiblement mesquine, au fait qu’il n’avait pas cherché à se rhabiller.Il s’attend à la colère qui traverse son visage — il semble que ce soit toujours un pas en avant, cinq pas en arrière, entre eux — mais la façon dont elle tape du pied et lève les mains au ciel dans un geste saccadé, presque désespéré, est une nouveauté. « Bordel de kriff. »« On se lave, dans le Premier Ordre », répond-il sèchement, en résistant à l’impulsion de danser d’un pied sur l’autre tandis qu’elle lui jette un regard absolument incendiaire de la tête aux pieds, des pieds à la tête, en s’attardant sur le repli de sa serviette à la taille. « La propreté compte pour beaucoup dans la malfaisance. »Elle rougit, et il se rend compte un peu tard qu’elle a peut-être pris cela pour elle — elle est sale et trempée, où qu’elle soit, ses vêtements tachés de boue et ses cheveux relevés à la hâte en une coiffure qui ressemble aux chignons qu’elle portait à leur première rencontre. Il se demande — s’est demandé, se demande à nouveau — si elle regrette jamais de l’avoir laissé la voir avec ses cheveux partiellement libres.Rey se mord la lèvre inférieure d’une façon qui frise la violence, les poings serrés à ses côtés et sa contenance clairement fébrile, à tel point qu’il éprouve une première pointe d’inquiétude. « Où es-tu ? »Le regard noir qui le transperce n’est rien de neuf, mais pas la façon dont elle mord, encore plus fort, au point qu’une goutte de sang roule sur son menton et tombe à terre. En marmonnant un juron, il s’avance à grands pas jusqu’à être assez proche pour refermer une main solide sur sa mâchoire — et elle ne lui saisit pas le bras, ne le repousse pas. Elle se contente (quoique à contrecœur) de laisser échapper sa lèvre quand il dit durement « Ne fais pas ça », et puis ils se dévisagent, sombres et tendus et il respire son odeur, de sueur et d'une boue riche en argile et d'une touche des herbes d’allez savoir sur quelle foutue planète elle se trouve. Il voudrait la pousser sous la douche, la décrasser et soigner cette lèvre, mais il sait qu’il serait incapable de la faire bouger de là où elle se trouve sans perdre lui-même une quantité considérable de sang.D’aussi près, Rey est visiblement étrange. La colère est là mais se lit plus comme de la détresse ; elle tremble légèrement sous ses doigts mais n’essaie même pas de s’arracher à sa prise alors qu’elle le pourrait aisément. Sa lèvre inférieure continue de saigner, et il peut dire que ce n’est pas la première fois aujourd’hui qu’elle fait couler le sang de cette plaie. Sourcils froncés — il ne sent pas trace d’alcool dans son souffle, mais il doit poser la question — il demande doucement, « Es-tu ivre ? »Elle le repousse violemment en grondant un « Non » qui ne le rassure absolument pas. Elle commence à arpenter la pièce, en passant à travers ses meubles et un mur d’une façon qui lui serre la gorge. « Je suis— je vais bien. » Le dernier mot est étranglé, intense, comme si elle avait dû l’arracher de force à sa langue et ses dents et ses lèvres.« Tu es très loin d’aller bien. » Le fait qu’il n’est qu’à un mouvement un peu brusque de perdre sa serviette devient une préoccupation lointaine ; il intercepte Rey à côté du lit et referme une main sur son biceps. « Est-ce que tu as un med kit ? Tu as mangé quelque chose que tu n’aurais pas dû ? »Son rire incertain ne fait qu’accroître son inquiétude. « C’était le jus. » Rey pâlit, ses taches de rousseur plus nettes par contraste, et elle le frappe du poing, fort, en plein torse. « Je— j’ai tellement faim. »Il est furieux, tout à coup — pas après elle, mais après un être inconnu, sans visage, et sa question suivante lui échappe dans un murmure dangereux. « Quelqu’un a glissé quelque chose dans ton verre ? » Son repas l’attend sur une table proche ; il l’entraîne à travers la pièce et place un petit pain entre ses mains. « Mange », ordonne-t-il avant qu’elle puisse lui répondre, et elle le fourre presque tout entier dans sa bouche en un seul geste.« Ce n’est pas ce que je voulais dire », marmonne-t-elle pâteusement, joue pleine.« Est-ce que quelqu’un », demande-t-il à nouveau, plus gentiment cette fois, « a mis quelque chose dans ton verre ? »Elle acquiesce, comme distraite, tout en mâchant.« Est-ce qu’on t’a touché, mon cœur ? »Ils cillent tous les deux à ce petit nom inattendu — il peut sentir une rougeur s’étendre sur son visage, descendre sur son torse — et pour un instant ils s’observent mutuellement avec méfiance, tous les deux conscients de se trouver au bord d’une frontière invisible. « Non », répond-elle finalement. « Je pouvais pas arrêter de parler. Peux pas. »Ben peut penser à un certain nombre de drogues et d’herbes qui réduisent les inhibitions et délient la langue, et il ressent distinctement l’envie de dépecer quelqu’un, membre après membre. « Tu es toujours là-bas ?— J’ai fui. On m’a poursuivie. » Elle est à nouveau en train de fixer sa poitrine, et vacille légèrement. « Je suis en lieu sûr maintenant. »En lieu sûr, mais toujours sous l’effet de la drogue dans son système. S’il insistait, il pourrait apprendre où elle est — et la tentation est intense, mais pas parce que l’univers les pense ennemis jurés. Ce mon cœur n’est pas sorti de nulle part ; ses racines sont profondément enfouies et grandissent de jour en jour, nourries par ses soins et probablement détestées de Rey.« Pourquoi je ne peux pas l’avoir ? » demande-t-elle avec une rage soudaine, en pressant fermement les deux mains sur son torse nu. Un doigt effleure un téton, et peut-être est-ce une nouvelle forme de torture, peut-être va-t-il se laisser tomber sur le sol en un tas tout sauf suprême. « Pourquoi je ne peux pas avoir ça ? »Ses mains sont redevenues des poings, et bien qu’elle lui martèle la poitrine elle retient chacun de ses coups ; plus douce envers lui que ses propres dents envers sa propre chair. Il ne fait aucun geste pour reculer, à la fois fasciné et confus par ce qui se passe, par le jeu des émotions sur le visage de Rey. « Est-ce que tu— »Il est sincèrement incertain de ce qu’elle veut dire, de ce dont elle a besoin. « Est-ce qu’il te faut… des conseils, pour t’entraîner ? »Le regard qu’elle lui lance est clairement incrédule, ses poings suspendus dans l’air entre eux. « M’entraîner ?— Pour tes abdos ? »L’espace d’un instant elle ne bronche pas d’un muscle, si ce n’est pour froncer le nez et serrer encore davantage les poings. « Mes… abdos. » Et puis elle acquiesce brusquement, marmonne « C’est ça », et se jette inexplicablement sur lui et grimpe, la prise désespérée de ses mains se transférant à son dos et ses jambes s’enroulant fermement autour de sa taille. « Pourquoi », gronde-t-elle, en chat de Lothal enragé, « je ne peux pas avoir ça. Pourquoi je ne peux pas t’avoir, toi. Pourquoi est-ce que je me prive à mort. »Il a plus ou moins l’impression qu’elle l’a fait tomber sur le cul, quand bien même il est debout en train de supporter son poids. « Oh », est tout ce qu’il arrive à dire, avec l’esprit embrumé, la tête qui tourne, et le « Oh » de Rey en réponse est moins moqueur que mécontent.Il a instinctivement passé les bras autour d’elle quand elle a bondi, et maintenant il se force à se concentrer sur ce que ça fait, de la tenir, pour ce qui sera sûrement la seule et unique fois — parce qu’une fois que ce sera terminé, une fois que la drogue aura évacué son système sanguin et qu’elle redeviendra ce Jedi pilier de la Résistance, elle le détestera pour cet instant de vérité. « Tu sais », dit-il avec précautions, en essayant de ne pas laisser percevoir les larmes dans sa voix, « tu sais que tu peux prendre ce que tu veux, Rey. »Le baiser — interrogateur, doux, au goût de sang — est une surprise, et il manque presque le moment où sa serviette perd le combat contre la gravité. Rey, cependant, —Rey le remarque, et se détache de lui avant qu’il ait vraiment compris que c’étaient ses lèvres, son sang, son souffle venu se mêler au sien. Son regard est intense et il déchiffre ses intentions avant qu’elle puisse bouger une main. « Non », dit-il fermement, en resserrant son étreinte et en réalisant, un peu tard, à quel point la position dans laquelle ils sont est dangereuse. « Tu peux prendre ce que tu veux, mais pas comme ça. »Pas quand elle lui crachera dessus après coup, pas quand le plaisir qu’elle éprouvera se verra infecté avant de pourrir. Elle lutte entre ses bras, pas pour y échapper mais pour se rapprocher, pour se débarrasser de ses propres vêtements, et si jamais il découvre qui l’a droguée il n’y aura pas de clémence. « Pourquoi est-ce que je ne peux pas vouloir ? » demande-t-elle, dans un feulement et un sanglot, en refermant une main ferme sur ses fesses. « Pourquoi est-ce que je dois être si affamée, tout le temps ? »Et il sait, il comprend ; il la veut près de lui, en sécurité, son alliée et plus encore. « Je sais, mon cœur, je sais. » Il ne peut pas lui bloquer les bras sans la lâcher, et — bêtement, en désespoir de cause — il se laisse tomber sur le lit et la recouvre de tout son poids, cherche ses mains pour les immobiliser au-dessus de sa tête, leurs doigts entrelacés. « Respire. »C’est à peine s’il respire lui-même, et le visage de Rey est sillonné de larmes. « J’aurais dû dire oui. » Les mots lui échappent dans un hoquet, un voile de morve juste au-dessus de sa lèvre supérieure. « Je voudrais avoir dit oui.— J’aurais dû laisser partir la flotte. » S’il n’avait pas été aussi désespéré, en colère, plein d’adrénaline, peut-être serait-elle restée. Laisse mourir le passé, avait-il dit, et il avait échoué à suivre son propre conseil. « J’aurais dû les laisser partir, et je suis désolé. »Elle hoche la tête, de manière infime, sa respiration lente et saccadée, entrecoupée de sanglots. « Je ne— je ne me sens pas bien. »Peut-être que le dosage n’était pas correct, peut-être que cette drogue est plus vicieuse que la plupart. « Qu’est-ce que je peux faire ?— Reste. Le— la pression aide. »Elle ne gigote plus, elle est juste… étendue sous lui, si mince, les yeux pleins de larmes. Où est-elle ? Plaquée dans la boue ? Dans une chambre de location ? À bord d’un vaisseau ? « Mais tu es en sécurité ? » demande-t-il à nouveau, cette question soudain devenue la plus importante qu’il a jamais posée.Rey plonge son regard dans le sien, et il s’y trouve quelque chose de la Rey habituelle, celle qui a veillé sur elle-même pendant très, très longtemps. « Je suis en sécurité.— Alors dors. » En dépit de ses meilleures intentions, il pose un baiser sur sa joue, chaude et humide sous ses lèvres. « Dors, mon cœur. Ça va passer. »Elle a l’air tentée, lasse, et toujours en proie à une faim dévorante qu’il ne peut assouvir tant qu’elle est dans cet état. « Ben. » Elle déglutit, se lèche les lèvres. « Je suis sur Devaron.— Tu—— Ben. » Elle recommence à feuler, et, inexplicablement, il est rassuré par l’éclat de ses dents et la note dans sa voix qui signifie tu es un crétin d’éleveur de nerfs. « Je suis sur— »Le lien se rompt. Il tombe sur le matelas avec un hoquet, ne tient plus que des draps. Il se lève et fonce chercher des vêtements propres.Il va sur Devaron.Et peut-être, s’il a de la chance, sera-t-elle là-bas en train de l’attendre.

----- CHAPTER BREAK -----

« J’ai pensé à m’en aller. »Rey n’essaie pas de se cacher, quand il arrive sur la planète, et ne proteste pas non plus quand il monte à bord de son vaisseau, si petit, presque ancien. Elle reste assise dans le fauteuil du pilote, les genoux remontés contre sa poitrine, les doigts pianotant sur ses chevilles. « J’y ai vraiment réfléchi », continue-t-elle, sans même le regarder. « La Résistance a besoin de moi — ne serait-ce que pour me faire passer en cour martiale, parce que j’ai craché des coordonnées au foutu mercenaire que j’étais venue voir et maintenant ils doivent fuir dans un système complètement différent… »Elle glisse un regard dans sa direction quand il émet un léger bruit venu du fond de sa gorge. « Je ne suis plus droguée », lui dit-elle avec lassitude, les yeux cernés et la lèvre en train de cicatriser. « Ils étaient sur une planète, maintenant ils sont sur une autre. La routine habituelle.— Est-ce qu’ils ont dit qu’ils allaient te traduire en cour martiale ? » Il doute que sa mère le ferait — pas Rey, leur unique Jedi — mais quelqu’un d’autre pourrait l’en avoir menacée.Rey fait la moue et grimace quand une plaie se rouvre. « Poe a dit qu’il ne s’était pas rendu compte que j’avais besoin d’un baby-sitter, ce qui est vraiment une putain de blague, de la part de Dameron. » Elle lui lance un autre regard en coin, puis pose un pied au sol et tourne le fauteuil pour lui faire face. « Tu es venu seul ?— Tu prévois de m’assassiner ? » demande-t-il, en se risquant à prendre la place du copilote, ce qui — dans un si petit vaisseau — les place à une distance plutôt intime.« Je me demande juste s’il y a une escouade de stormtroopers qui m’attend dehors avec des menottes de suppression psionique. »Des vêtements différents — propres, mais fripés ; les cheveux lâches, emmêlés sur ses épaules. Elle est anormalement calme, ses membres visiblement alourdis par la fatigue, et il se demande si elle a fini par dormir ou si elle a simplement laissé passer les heures. « C’est entre toi et moi, pas entre le Suprême Leader et le Jedi. » Quand il lui prend une main, ses doigts (aux ongles courts et ébréchés, l’un cassé au ras de la chair) tressaillent contre sa paume gantée. « La Résistance travaille avec des mercenaires, maintenant ? »Elle soutient son regard en silence, l’air vaguement irrité. À son soulagement, elle ne s’attaque pas une nouvelle fois à sa propre lèvre dans un effort de retenir des mots ; la drogue doit bien avoir été complètement éliminée de son système sanguin.« Bien sûr que oui », marmonne-t-il. « Qui était-ce ?— Pourquoi ?— Je vais le tuer. »Elle penche légèrement la tête de côté à sa franche déclaration, une trace d’amusement amer au fond des yeux. « C’est une situation du genre “personne ne peut éliminer mon ennemi à part moi” ? »Brièvement — accidentellement — il resserre sa prise sur elle, et elle ne cille même pas. « Je n’appelle pas mes ennemis “mon cœur”, Rey. Je ne les rencontre pas non plus en tête à tête dans l’espoir qu’avec l’esprit plus clair… »Cette touche d’amusement perd son amertume quand il commence à perdre le fil, et un coin de sa bouche se redresse. « Je pourrais avoir encore faim ? »Il est plus facile de regarder la main de Rey, maintenant au creux de la sienne : il y a une égratignure en train de cicatriser sur une de ses phalanges, une ancienne brûlure à l’arrière de son poignet. Elle ne porte pas ses bandages, seulement une tunique à manches longues, et une zone de peau plus pâle sur ses bras en émerge et lui donne envie de la toucher. « Oui.— Est-ce que tu as fait tout le voyage jusqu’à Devaron, juste pour m’offrir un casse-croûte, Ben ? »Son ton est presque moqueur, mais il ne pense pas que son dédain lui soit adressé. Une fois de plus, elle est sa propre cible, une cible déjà meurtrie et ensanglantée. « Mon désir pour toi… »(Et n’est-ce pas intéressant, l’aisance avec laquelle il parvient à le dire, et la façon dont son espoir frémit à l’altération du souffle de Rey.)« …ne pourrait jamais être aussi facilement assouvi. » Il est capable de croiser son regard, maintenant, et voit qu’elle est… neutre. Cachée. « Si tu veux quelque chose de rapide, quelque chose de secret, je ne te le donnerai pas. »Il pourrait. Il pourrait aisément lui donner exactement cela : des rencontres secrètes et des séparations coupables, tous deux évitant les rencontres sur le champ de bataille jusqu’à l’inévitable confrontation demandée par les deux camps, sabre contre sabre. Il sait comment cette histoire finirait.L’espace d’un long moment Rey reste silencieuse, puis : « Je pourrais trouver ça sur la base. » Les mots sont dépourvus d’accentuation, presque distants, la simple énonciation d’un fait. « Le côté rapide. Et le secret, aussi, parce que certains croient que je suis comme… ces chastes servantes de temples, dans les vieilles histoires. » Elle regarde juste au-dessus son épaule, comme s’il y avait quelque chose de vaguement intéressant derrière lui. « Mais ils le proposent comme si c’était… une prière. Ou ils prétendent que ça resterait secret mais ils veulent juste se venter d’avoir couché avec le Jedi. » Elle ramène son regard sur lui. « Et toi ?— J’ai eu… des propositions. Du genre public. » Un autre petit sourire, mais sans trace d’amusement. « Dont certaines vraiment explicites, et qui offraient de multiples orifices, humanoïdes ou non. » Elle soulève un pied du sol (sa chaussette est usée, un trou est en train de se former au talon) et vient le poser sur le bord de la chaise de Ben, entre ses jambes écartées.« J’ai toujours dit non.— J’ai dit oui, admet-il doucement. Quelques fois, quand j’étais plus jeune. » Elle n’a pas l’air surprise le moins du monde, mais son pied avance encore un peu, ses orteils disparaissant presque sous l’ourlet de sa tunique. « Mais elles ont été… désappointées.— Pourquoi ?— Parce qu’elles voulaient le monstre, je pense. » Il sent une chaleur l’envahir tandis qu’il rougit, mais continue tout de même. « La première fois… c’était ma première fois. Elle a ri quand j’ai éjaculé au bout de trois coups de rein ; elle a dit qu’elle espérait que je maniais mieux mon arme que ma bite.— Quel était son nom ?— Pourquoi ?— Peut-être que j’ai envie de la tuer. » Pour autant qu’il puisse dire, Rey est parfaitement sérieuse, assise en face de lui, les orteils très proches de la couture de son pantalon, tentateurs. « Tu sembles bien disposé à tuer pour moi.— Elle était sur le Fulminatrix, donc il n’y a aucun besoin— et tu as été mise en danger. J’ai seulement été un peu humilié. » Plus qu’un peu, mais le passage du temps a atténué la morsure.« Je ne sais pas. » Et elle soupire, se frotte le visage de sa main libre. « Je pense avoir été bien assez humiliée, hier.— Quand as-tu mangé pour la dernière fois ? » Quand elle lui jette un regard entre ses doigts il se hâte de clarifier. « De la nourriture, Rey. Un vrai repas.— La moitié d’une barre de ration, ça compte ?— Non. »Elle laisse retomber sa main sur ses genoux, et prend un moment pour répondre. « Qu’est-ce que tu comptes y faire ?— Te nourrir. » Un temps de pause. « À bord de mon vaisseau. »Il semble lui falloir une éternité pour se décider, les secondes s’étirent à l’infini alors que ses épaules s’affaissent, que sa tête retombe. Son « Non » est un chuchotis, le pied placé entre ses jambes retombe au sol et la main qu’il tient lui est retirée. Elle remonte une manche avec une trace de cette fébrilité de la veille, gratte durement de vieilles cicatrices qui sont trop uniformes, placées de manière trop régulière. Des dettes en suspens, des dettes remboursées ; les motifs inscrits dans la chair au cours des années. Rey se fige quand il se penche en avant, inspire brusquement quand ses doigts effleurent son bras, descendent sur les lignes cicatrisées depuis longtemps et les égratignures récentes de ses ongles. « Tu n’es pas obligé. »Il essaie de capter son regard, mais échoue, son visage est presque couvert par ses longs cheveux emmêlés. « Pas obligé de faire quoi ? » demande-t-il dans un murmure.« De les toucher. De prétendre.— Et qu’est-ce que je prétendrais, mon cœur ? » Il garde la voix basse et enjôleuse, douce pour elle, alors même qu’une colère familière se love dans sa poitrine.« Qu’elles ne sont pas ce qu’elles sont. »Ben retire ses gants, laisse le cuir noir tomber au sol avant de se pencher à nouveau pour lui prendre le bras. Elle change de position dans son fauteuil. « Je sais ce qu’elles sont. » Il passe un doigt sur le plus vieux des motifs, à la moitié de son avant-bras. « Que s’est-il passé, ici ?— Un puits a été contaminé. J’étais… »Rey déglutit avec peine, repose une joue sur son genou. « J’avais… sept ans ? Je savais que le goût n’était pas normal, mais j’avais soif. Plutt m’a donné des médicaments, des portions, de l’eau claire. »Puis il avait porté une petite vibrolame à son bras, de ce que Ben en voyait, traits et points soigneusement agencés.« J’étais petite, ajoute-t-elle brusquement. Ça aide, d’être petit, pour se faufiler dans ces vieilles épaves. D’avoir de petites mains. J’étais utile. »Suffisamment utile pour être sauvée, suffisamment utile pour lui accorder de nouvelles dettes encore au moins quatre fois de plus, avec de plus petites marques pour noter les paiements effectués. « Ton autre bras ?— Intact. » Une pause, et puis elle dit, « Je suis encore débitrice.— Non. » Ben exhale le mot avec une légère satisfaction, redescend la manche sur son bras. « Tu ne l’es pas.— Pourquoi ? » demande-t-elle avec un sourire infime. « Parce que je ne suis plus sur Jakku ? Ou parce que je suis un genre d’héroïne ?— Parce que les morts ne réclament pas de dettes. »Un long silence tombe, tous les deux immobiles, et puis Rey se redresse, glisse ses cheveux derrière ses oreilles. « Est-ce que tu as tué Unkar Plutt, Ben ? » demande-t-elle, indéchiffrable, et quand est-elle devenue si douée pour masquer ses émotions ? Où sont passés ses grondements, son impétuosité ?« Oui. » Pas d’excuses, pas d’explications ; uniquement la vérité.Elle l’observe, sourcils froncés. « Pourquoi ? »Il se rappelle ces visions volées de son enfance, les fois où leurs esprits se sont touchés : les jours marqués sur des murs de métal, la douleur persistante de la faim dans son estomac, la porte barrée contre les intrus durant les nuits du désert. Trop peu de nourriture, trop peu d’eau, trop peu de joie, et toujours ce Crolute pour profiter non seulement de son désespoir mais aussi de celui des autres. « Pour la même raison qui fait que je suis ici. »Elle cille rapidement, détourne la tête si vivement que ses cheveux glissent et se libèrent. « Je pense », dit-elle, alors que le rythme cardiaque de Ben s’accélère avec la peur d’en avoir trop dit, la peur que ses actes commis des mois plus tôt aient été trop irréfléchis, « que je vais accepter ce repas, finalement. »Rey reste juste hors de portée tandis qu’ils traversent au crépuscule la courte distance entre leurs deux vaisseaux, sous la canopée de Devaron. Elle porte son sabre laser à la ceinture, mais sa main ne s’en approche jamais intentionnellement ; ses bras se balancent librement tandis qu’elle accorde son pas à celui de Ben. Il ne prend pas la peine de lui cacher le clavier quand il tape le code — qu’elle le mémorise, qu’elle vole son vaisseau si elle le souhaite.« Tu allais vraiment me donner des conseils pour m’entraîner ? » demande-t-elle tout à coup pendant qu’il met le couvert, place les verres et les assiettes, le cristal taillé de Naboo, sur la surface austère. Figé sur place — un gobelet suspendu de manière précaire entre des doigts soudain maladroits — et le rouge aux joues, il répond en marmonnant :« Oui. » Le gobelet en sûreté sur la table, il se détourne pour aller chercher des couverts. Sa mère lui a enseigné l’art d’une belle table des années plus tôt, et il se rend compte qu’il est reconnaissant de pouvoir effectuer cette tâche automatiquement.« Alors tu ne comprends vraiment pas comment quelqu’un pourrait avoir envie de toi ? » Elle est en train d’observer ses efforts avec un certain doute quand il se retourne, effleurant une serviette en lin fin de Chandrila. « De toi. Pas Kylo Ren, ou le Suprême leader. »C’est une question à laquelle il ne sait absolument pas répondre. « Pas… vraiment. Pas—— Pas si désespérément ? finit-elle quand sa voix s’éteint. Ou pas moi ? »Il laisse tomber les fourchettes sur la table avec un tintement de ferraille, et lui prend le menton — plus doucement que la dernière fois, avec moins de hâte — et caresse du pouce la zone au-dessous de sa lèvre abîmée. « Tu dois admettre, mon cœur, que tu n’étais pas très cohérente.— Peux-tu me le reprocher ? » Elle soutient son regard sans ciller, sans broncher, apparemment satisfaite de rester sous son emprise fragile. « Et si je n’avais pas été droguée ?— Je t’aurais embrassée encore une fois.— Et ensuite ?— Je ne sais pas. » Il se penche légèrement, presse doucement son front contre le sien. « Le lien serait trop fragile pour quoi que ce soit d’autre, tu ne crois pas ? Nous ne savons jamais combien de temps nous avons.— Mais tu as vraiment envie ? De moi ?— Très. » La peau de Rey est douce sous ses doigts, mais la main qui vient s’enrouler autour de son poignet arbore des cals similaires aux siens. « Et toi ?— Je suis affamée. » Son ton est ironique, à deux doigts de l’autodérision. « Je suis une experte en faim désespérée. Je sais ce qu’on éprouve, mieux que n’importe quoi d’autre. »Il attend une seconde avant de l’embrasser — avec précautions, de peur de rouvrir la plaie en train de guérir. Elle est moins délicate, se hisse sur la pointe des pieds pour mieux aller à sa rencontre, garde une prise ferme sur son poignet. Rey dévore, et se trouver l’objet de ses attentions est une sensation des plus entêtantes. « Je ne peux rien te donner de secret », lui rappelle-t-il alors même qu’ils heurtent la table, avec un tintement de cristal. Il peut à nouveau sentir le goût du sang, et il raffermit sa prise sur son menton pour l’immobiliser. « Respire, mon cœur. »C’est également un rappel à lui-même ; le goût du sang de Rey sur ses lèvres renforce la leçon. « Est-ce que tu souhaites toujours avoir pris ma main ? » demande-t-il doucement, une main posée sur sa nuque.« Oui. » Elle parle d’une voix basse et sûre, ses mains viennent se poser légèrement sur le torse de Ben. « Parfois même je rêve de ce qui aurait pu être. »Lui aussi rêve, et certains de ces rêves sont aussi doux que de la soie de Kamino. « Moi aussi.— Et chaque fois que la liste de nos morts est mise à jour, je pense… Je pense que c’est ma faute, parce que je ne suis pas restée. Qu’ils seraient encore en vie si nous avions essayé de créer quelque chose de nouveau.— Non. » La prendre dans ses bras est instinctif, même si la dernière fois qu’il a étreint ou a été étreint se trouve si loin dans son passé qu’il n’arrive même pas à s’en souvenir avec certitude. Elle se raidit entre ses bras pendant quelques secondes avant de se détendre, petit à petit, de passer les bras dans son dos. « Ce n’est pas ta faute.— Je suis fatiguée d’être seule. » Les mots sont étouffés, marmonnés contre la tunique de Ben. « Les gens n’arrêtent pas de dire qu’ils me connaissent, qu’ils savent ce que je veux. Ce n’est pas vrai, ils savent seulement ce qu’ils veulent que je sois et que je veuille et ils ne se demandent jamais si leur Rey à la moindre ressemblance avec… avec moi.— Je te connais. » Il enfouit le nez dans ses cheveux, hume la légère odeur du savon et cette touche de soleil que Rey semble emmener partout avec elle. « Reste avec moi. » C’est une prière, douce et ardente. « Il n’est pas trop tard pour changer de trajectoire, pour créer quelque chose de mieux. En tant qu’égaux. Partenaires. »Il attend sa réponse avec une patience affichée, son anxiété trahie uniquement par l’étroitesse de son étreinte. « Pas le Suprême Leader et son Jedi apprivoisé ? » finit-elle par demander, sur un ton si sombre qu’il est pris d’une intense colère, pour elle.« Égaux.— Est-ce qu’il faut que je réponde maintenant ?— Non. » Délibérément il relâche sa prise, la laisse s’éloigner d’un pas. « L’offre est ouverte… indéfiniment. »Cela semble l’amuser. « Je n’ai pas besoin d’une éternité. » Elle s’assoit sur la chaise la plus proche, une jambe repliée sous elle et un coude posé sur la table. « Juste… une journée. Peut-être. »Il reprend les fourchettes abandonnées, les place avec soin exactement là où elles doivent se trouver. « En attendant ?— Il semble que je sois ton invitée. » Son sourire est léger, mais sincère et un peu malicieux. « Ton hospitalité s’est améliorée. »Ben glousse malgré lui, tandis qu’une vague de chaleur remonte jusqu’à ses joues à ce rappel, peut-être plus gentil qu’il ne le mérite. Elle a un don pour le prendre au dépourvu, et il espère qu’elle ne le perdra jamais. « Kriff. »Sa cambuse contient un certain nombre de repas, pour tous genres d’occasions, et il en choisit un qui lui évoque le réconfort : protéines et légumes copieux, délicieux céréales et sauces savoureuses, fruits sucrés et crème fouettée, et un vin associé à chaque plat. Rey ne touche qu’à peine à son verre, mais elle mange avec une telle dévotion et une telle satisfaction qu’il aimerait aller goûter son bonheur directement sur sa langue. À la fin elle passe le doigt à l’intérieur de son ramequin pour collecter les dernières traces de crème et de jus avec une expression qu’il ne lui a encore jamais vue : ensommeillée, et rassasiée. Désireux de prolonger cette paix et sa présence, il pousse son dessert à demi terminé de l’autre côté de la table et il sent ses épaules se détendre quand elle prend sa cuillère et ramène le ramequin contre sa poitrine, comme s’il risquait de changer d’avis et d’essayer de le lui reprendre.Il n’oserait jamais. Il y gagnerait peut-être un moignon ensanglanté, à faire quelque chose d’aussi stupide.Elle ne s’attarde pas, après avoir avalé la dernière cuillerée — elle n’accepte pas non plus son offre d’une couchette d’appoint — mais elle cale le med kit qu’il lui offre sous un bras, sans commentaire. Ensemble ils quittent le vaisseau de Ben, et il la regarde traverser l’espace jusqu’au sien, quitter la tranchée de lumière pour l’obscurité, tandis que des oiseaux nocturnes chantent au-dessus de leurs têtes.« Tu seras là demain matin ? » demande-t-elle, le visage dans la pénombre mais la voix chargée d’incertitude, de mélancolie.« Je resterai jusqu’à ce que tu me dises de partir. »C’est à peine s’il perçoit sa danse d’un pied sur l’autre. « Si je te disais le nom, tu irais vraiment le tuer ? Encore ? »Son ton n’est ni hostile, ni critique — il s’y trouve une touche de curiosité, peut-être même un peu de chaleur, comme si elle avait été seule si longtemps que sa volonté de la venger faisait vibrer une corde enfouie, privée de protection. « Tu préférerais que je le fasse arrêter ? Que je mette une prime sur sa tête ?— Je ne sais pas », répond-elle après un bref silence, franchement déroutée.L’entrée de son vaisseau s’ouvre, illumine la façon dont elle hésite, son regard pensif. Finalement — peut-être même à contrecœur — elle recule d’un pas. « Bonne nuit, Ben. »Cette fois-ci, quand elle referme la porte sur lui, son cœur ne se tord pas de chagrin.

----- CHAPTER BREAK -----

Le lien tente d’éprouver sa patience, cette nuit, en lui livrant Rey roulé en boule dans un coin de son lit. Un coin intérieur, heureusement, d’où elle ne risque pas de tomber, mais à quelques centimètres seulement de là où il est assis, un datapad sur les genoux et plusieurs oreillers calés dans son dos.Elle ronfle. Légèrement, à son amusement ; c’est presque plus un reniflement, tandis qu’elle se blottit dans les draps de son lit, et si le bruit le fait sourire le moment est péniblement tendu : il ne peut pas risquer de gâcher leur trêve fragile avant qu’elle ne lui donne une réponse, et même s’il n’est pas responsable pour leur position actuelle il craint qu’elle le considère plus comme un ennemi qu’un ami, si elle devait se réveiller pour le trouver aussi près d’elle. Il ose à peine remuer, pas même pour faire défiler les informations sur l’écran devant lui — et de toute façon, elle est bien plus intéressante qu’un rapport barbant sur l’état de réparation de l’un des plus vieux cuirassés.Alors il la regarde, résiste à la tentation de repousser une mèche de cheveux de son visage — une mèche que chaque respiration agite et qui lui chatouille apparemment le nez, qui se fronce avec irritation. Une main vient accomplir cette tâche pour lui, le coude de Rey heurtant sa cuisse et ses reniflements interrompus par un grognement.Il se demande si elle dort toujours ainsi, recroquevillée en une boule la plus petite possible, pour la chaleur et la sécurité, bras et genoux protecteurs du ventre vulnérable. Il se demande si elle se sent jamais suffisamment en sûreté pour s’étaler.Son souffle se fait plus régulier, et puis, doucement, « Je sais que tu es là. » Ensommeillée mais consciente, même si elle n’ouvre pas les yeux.« Au moins cette fois nous sommes tous les deux habillés. »Un coin de la bouche de Rey tressaille vers le haut. « Dommage.— Rendors-toi. » Il hésite, puis lui caresse les cheveux. « Tout va bien. »Elle pousse un petit hmm, les yeux toujours clos. « C’était agréable, au début. Être connue. Être importante. »Il se rappelle ces premiers temps, après avoir fui l’académie. La gentillesse initiale de Snoke et ses louanges évoluant en une cruauté tranchante, renforçant des leçons apprises trop jeune : il ne serait jamais à la hauteur, jamais assez bon, pour personne. « Je sais. »Rey bouge un peu, la balle qu’elle forme s’étirant juste assez pour qu’il aperçoive l’éclat du cuir noir contre le gris de ses vêtements, ses gants oubliés pressés entre ses genoux et son estomac. Cette vision inattendue lui serre la gorge, et — sans rien dire, parce qu’il soupçonne que faire mention des gants l’embarrasserait — il fait simplement glisser le bout d’un doigt le long de son nez.Et elle sourit. D’un sourire doux et songeur, en marmonnant, « Suprême enquiquineur. »Le lien l’arrache à lui pendant que Ben glousse._ _ _« Je te dirai son nom » Elle est allongée sur le dos dans l’herbe quand il sort de son vaisseau, tôt le matin suivant, une tasse de caf fumant à côté d’elle. « Mais seulement si tu promets de ne pas le tuer. »Il pose son propre caf et une assiette de chaussons salés sur le sol, et s’assoit aussi près qu’il l’ose. « Es-tu fâchée, pour Plutt ? »Rey se redresse d’un mouvement fluide, se saisissant vivement d’un chausson au passage. Elle commence à manger, mains et coudes rentrés, avec une attitude méfiante si bien enracinée qu’elle en est maintenant inconsciente. « Tu n’as fait que ce que je pensais à faire chaque jour », dit-elle la bouche pleine. « Mais si je l’avais fait — même si je ne m’étais pas fait prendre — quelqu’un d’autre aurait juste pris sa place. Peut-être quelqu’un de pire.— Le Premier Ordre maintient désormais une présence permanente là-bas, ce qui, je suppose, fait de nous “quelqu’un de pire”. » Il lui offre un léger sourire avant de saisir sa tasse, et de plonger le regard dans le liquide sombre. « Tous les avant-postes doivent suivre des règles pour un commerce équitable. Nous ouvrons des écoles, nous proposons des apprentissages. »Elle l’observe si intensément que sa prise sur le chausson se desserre, juste un peu — juste assez pour qu’il sache qu’il l’a vraiment surprise. « Vraiment ?— Ce n’est qu’un début, je sais. » Il croise son regard, une brise fait frémir les arbres autour d’eux. « J’aimerais beaucoup entendre tes idées. »Cette simple requête semble la prendre au dépourvu, et il soupçonne qu’elle n’a pas l’habitude qu’on lui demande son avis. « J’y réfléchirai », répond-elle après un moment, le front plissé, avant de prendre une autre grosse bouchée. La veille au soir elle avait mangé avec un plaisir évident ; maintenant elle consomme sa nourriture avec intensité et constance, un œil sur l’assiette, ignorant son caf en faveur de quelque chose de solide.« Il y en a davantage dans la cambuse », dit-il tranquillement, en finissant son chausson et en se laissant aller en arrière, appuyé sur les mains, sans en prendre un second, quand il pourrait facilement en manger deux ou trois de plus. « Ou tu préfèrerais quelque chose d’autre ?— Je ne sais pas trop ce que je peux te donner. » Rey déchire ce qui reste de son chausson en deux, en examine la garniture. « C’est toi qui as les ressources — les crédits, les vaisseaux, les… les foutues taxes et les infrastructures, kriff. Tu pourrais facilement trouver quelqu’un — peut-être même quelqu’un avec la Force, quelque part — capable d’être ton partenaire. Je suis juste une moins que rien qui… »Elle s’interrompt au milieu de sa phrase, et lui décoche un regard soupçonneux. « Hier soir, tu as simplifié la disposition des couverts, pas vrai ? »Techniquement, il aurait pu disposer tout un assortiment de fourchettes et de couteaux et de cuillères, même pour le repas relativement simple qu’il a servi, et elle interprète correctement son silence gêné. « Une minable qui n’y connaît rien en fourchettes. » Elle fourre la dernière bouchée dans sa bouche presque sauvagement, les genoux couverts de miettes.« Je n’ai rien à foutre des fourchettes. » Il ne peut pas réprimer complètement cet accès de colère, colère dirigée contre tous ceux qui l’ont jamais fait se sentir inférieure (ce qui l’inclut également, lui et sa stupide langue), et nourrie par la crainte qu’elle s’en aille à cause de quelque chose de si insignifiant. « Il n’y a personne comme toi, Rey — je pourrais fouiller la galaxie entière et ne jamais trouver ton égal. J’ai besoin de toi, et de toi seulement. » Ben se rapproche d’elle, renverse son caf dans sa hâte de s’agenouiller à ses côtés. « Tant que je suis avec toi », dit-il doucement d’une voix frémissante, « je suis sur la bonne voie.— C’est une lourde responsabilité pour une seule personne », répond-elle après une longue pause, et il ne sait pas trop comment interpréter son expression. Un peu dépassée, peut-être, mais il y a également une trace d’un plaisir flatté —et consterné. « Je suis censé être celle qui te tient en laisse ? Ce n’est pas un rôle que j’ai envie de jouer.— Certains pourraient le croire, admet-il. Mais je ne te veux pas avec moi pour tenir le monstre en laisse—— Parce que tu n’en es pas un. » Son interruption est agressive, et il ne proteste pas.« — Mais parce que tu me complètes, parfaitement. Ensemble nous pourrions bâtir quelque chose d’extraordinaire. » Il lève une main, caresse du pouce la lèvre inférieure de Rey, en bien meilleur état, et prend une grande inspiration. « Je ne suis pas sûr que nous pourrions faire ça — faire ça autre part. Pas de la même façon. »Elle se penche un peu vers lui en disant, « Je sais que tu ne peux pas rejoindre la Résistance, Ben. » Et elle le dit avec une telle lassitude, une telle résignation, qu’il sait qu’elle a envisagé cette idée aussi longuement que lui. « Leia pourrait peut-être les empêcher de te tuer, mais… mais je ne veux pas que tu finisses en cellule. » Elle hausse une épaule. « Et inévitablement, quelqu’un d’autre deviendrait le Suprême leader, et ça pourrait être un autre Snoke, ou pire que Snoke.— Et c’est pourquoi nous ne pouvons pas simplement disparaître ensemble. » Une troisième option, longtemps pondérée, et complètement impossible. Il déplace l’assiette de l’autre côté, et s’installe plus confortablement auprès d’elle. « Même si parfois je souhaiterais que ce soit possible. »Rey acquiesce avec un petit mmm un peu triste, incline la tête pour la reposer sur son épaule. « Quelque part avec de la verdure, murmure-t-elle. Peut-être au bord de l’eau. »Il pense à sa maison d’enfance, sur la rive du lac Andrasha, avec ses nombreuses fenêtres et ses larges vérandas et ses jardins bien entretenus. « Nous pourrions toujours avoir cela, quelque part, répond-il doucement. Ce serait juste… lourdement gardé. »Elle glisse une main dans la sienne, et un silence confortable s’installe. « C’est agréable », dit-elle quelques minutes plus tard, quand un petit marsupial traverse la clairière devant eux, ses petits accrochés sur son dos. « Pouvoir juste… parler. Sans essayer de s’entretuer. » Le petit rire de Ben la fait sourire, et elle pose leurs mains jointes sur ses genoux. « Si je te rejoignais, comment exactement l’expliquerais-tu au Premier Ordre ? » demande-t-elle, étreignant la main de Ben entre les siennes. « Parce qu’il ne s’agirait pas d’une désertion, Ben. Je serais… une main tendue, peut-être.— Eh bien. » Il prend une profonde inspiration et se prépare à sa réaction, tout en étant un peu excité à l’idée d’enfin pouvoir prononcer le mot. « Historiquement, le mariage est un moyen traditionnel de créer une trêve. »Elle se fige, mais quand elle parle sa question n’est pas l’une de celles qu’il avait anticipées. « Tu m’appartiendrais ? » Elle se redresse, tout son corps tendu. « À moi seule ?— C’est déjà le cas. » Il l’observe attentivement, trouve du courage dans ses joues rougies et la prise ferme sur sa main. « Est-ce que tu… je pensais qu’après ce que tu avais dit… est-ce que tu pensais que notre partenariat serait platonique ?— Non, je… »Ses joues s’empourprent davantage, l’enthousiasme laissant place à l’embarras. « Je pensais, dit-elle entre ses dents, que le sexe serait juste un bonus, jusqu’à ce que— que tu en aies marre de moi. »Il ne peut s’en empêcher. L’idée de se désintéresser un jour de Rey est si incompréhensible qu’il rit, et elle lui jette un regard noir avant de le plaquer au sol, en envoyant voler les derniers chaussons d’un coup de pied. Les yeux rivés sur elle, une main épinglée au sol à côté de sa tête, le fantôme de son père semble le posséder brièvement et il se fend d’un sourire malicieux en disant « Voudrais-tu que je te donne des conseils pour t’entraîner, mon cœur ? »Le grognement de Rey est délicieux. Il ne résiste pas quand elle se saisit de son autre main, mais lève la tête pour poser un baiser sur une joue rose, tant qu’elle est encore suffisamment proche de lui. « La première offre de ma main comprenait aussi le mariage. » Quelque chose qu’il aurait dû — qu’il aurait précisé sur le moment si seulement il avait eu les idées plus claires. « Je veux t’appartenir, et je veux que tu m’appartiennes. »Rey baisse la tête, ses cheveux glissent et viennent lui voiler le visage. Elle ne relâche pas d’un iota sa prise sur ses poignets, mais la tension dans ses cuisses et le léger mouvement de ses hanches sont autant de signes, aussi décide-t-il de prendre un risque. « J’ai apporté… je t’ai apporté un cadeau. Des cadeaux.— Les codes des coffres-forts du Premier Ordre ? » demande-t-elle, toujours cachée par ses cheveux.« Des présents de cour. » Des cadeaux rangés dans un coin de ses quartiers depuis des mois, cachés hors de la vue au fond d’un placard où ils risquaient moins de lui rappeler ce qui aurait pu être et ne serait probablement jamais. Des présents avec lesquels il avait traversé le Steadfast pratiquement au pas de course, inspirant probablement une nouvelle vague de ragots dans tout le Premier Ordre.Elle le regarde, hausse un sourcil. « Tu as tué un krillbeast pour moi ?— C’est là ce qu’ils font à Niima Outpost ?— Si on veut faire une bonne impression. De sales bêtes, difficiles à tuer. Bonne viande. » Elle marque une pause, la tête légèrement inclinée sur le côté. « Rien à voir avec ce que tu as servi hier soir, bien sûr.— Merci », répond-il aussi sérieusement qu’il en est capable, en décidant que faire de plus amples comparaisons entre ce que peut bien être un skrillbeast et les steaks onéreux de la veille n’aiderait pas sa cause. « Ces présents particuliers sont une tradition alderaanienne. »Il n’a pas seulement éveillé sa curiosité, il l’a surprise. Rey se redresse, lui relâche les poignets. « Vraiment ?— Si tu… »Ben se lèche les lèvres. « Si tu décides de rester, j’ai aussi un présent pour— pour ma mère.— Elle pourrait en avoir besoin pour encaisser ma trahison », dit sèchement Rey, en le relâchant et en se mettant sur pied. « Pas de traqueurs, j’espère.— Non », lui assure-t-il en se levant, regrettant en silence la perte de son poids sur lui et de leur proximité. « Elle comprendra ce que ça veut dire.— Montre-moi, alors. » Elle se renfrogne devant les pâtisseries éparpillées dans l’herbe, et il peut voir qu’elle meurt d’envie de les ramasser et de les mettre de côté pour plus tard.« Laisse-les aux oiseaux », murmure-t-il en lui tendant la main. « Je te nourrirai. »Rey n’hésite qu’une seconde avant d’accepter. Ensemble ils montent dans le vaisseau de Ben, et il la guide vers la table vide. « Un instant. »Il va chercher trois paquets dans sa cabine, chacun enveloppé dans de la soie de Kamino, noire aux reflets mordorés, et il les place devant Rey, d’une main qui voudrait trembler nerveusement. Elle touche le plus gros, avec hésitation, et lui jette un regard interrogateur.« Tu peux les ouvrir dans n’importe quel ordre. » Renonçant à paraître serein, il passe une main dans ses cheveux. « La — la mariée garde le tissu, soit pour se faire un vêtement, soit pour — le premier enfant du couple. Ou pour les deux. »Son regard le transperce. « Tu veux des enfants ? »Il a rêvé de Rey, enceinte, le ventre rond et toutes griffes dehors, férocement protectrice, et c’étaient là quelques-uns de ses rêves les plus doux. Le souffle tremblant, il admet, « Oui. »Elle glisse délicatement les doigts sur la soie, et il y a quelque chose de lumineux chez elle, quelque chose d’intime et de content. « Bien », murmure-t-elle, et il lutte pour rester sur ses pieds.Elle ouvre le plus gros en premier, les pans de tissu extravagant dévoilant un long manteau en laine verte douce et moelleuse. La doublure brille quand elle le tient devant la lumière : un tissu noir, apparemment fragile, mais capable de repousser un tir de blaster ou une vibrolame. Elle le regarde avec de grands yeux tandis qu’il prononce la première des phrases que sa mère lui a apprises autrefois et qu’il a passé le voyage jusqu’à Devaron à répéter. « Je promets de toujours te tenir au chaud. »Elle entrouvre les lèvres, caresse une manche, puis elle plie le manteau avec soin et le place sur la soie noire avant de passer au paquet suivant. Une paire de timbales finement gravées d’un entrelacs délicat de fleurs, polies comme des miroirs. « Je promets que ton verre sera toujours plein. »Rey cille rapidement, puis acquiesce raidement.Le dernier paquet est le plus petit, et sa signification n’est pas si aisément compréhensible en dehors de la diaspora alderaanienne. Rey examine le peigne et la brosse, les épingles à têtes de perle, les fins rubans, et un sourire intrigué apparaît sur son visage. « C’est très beau.— Alderaan a de nombreuses traditions autour des cheveux. » Il tend la main, lisse gentiment une mèche de Rey entre le pouce et l’index, et l’étincelle d’envie sur son visage ne lui échappe pas. « Tresser les cheveux de la personne aimée et les défaire était un acte très intime — ça l’est toujours, sur la Nouvelle Alderaan.— Alors, quelle promesse vient avec ceci ? » demande-t-elle, une épingle à la main.« C’est en deux parties. D’abord, je promets d’avoir toujours du temps pour toi. » Doucement, il glisse les doigts dans ses cheveux emmêlés, défait un nœud. « Ensuite, je promets de te soulager de tes fardeaux. »Rey baisse les yeux sur l’épingle dans sa paume pendant un long, long moment — et même s’il n’attend pas de réponse, pas tout de suite, il aimerait bien une réaction, n’importe laquelle, pour sa santé mentale — et puis elle la replace avec ses sœurs dans la boîte gravée et les remet en ordre du bout du doigt. « Je vais aller marcher, lui dit-elle gravement. Je promets de revenir. »Il la suit à l’extérieur avec toute la grâce d’un fathier atteint du mal d’amour, et la regarde disparaître entre les arbres._ _ _Le soleil est haut dans le ciel quand elle revient — presque sur le point d’entamer son inévitable descente. Ben a passé les heures depuis son départ à lire des rapports et à répondre à des messages et à examiner ses cadeaux pour leur trouver un défaut, n’importe lequel. Il manque le moment précis de son retour dans la clairière, mais il la perçoit peu après et se précipite hors de son vaisseau après avoir manqué laisser tomber son datapad sur le sol de duracier.Il ne sait pas trop à quoi s’attendre, quand il émerge sous le soleil, mais il ne s’attendait certainement pas à Rey en train de plumer l’un de ces oiseaux au sale caractère qui s’aventurent parfois dans les plus petits villages et en terrorisent les habitants. « Ce n’est pas un krillbeast », dit-elle, les yeux sur sa tâche et les joues roses, « mais je l’ai attrapé au filet et je l’ai tué avec mon couteau, et il m’a presque cassé un bras et m’a posé bien assez de problèmes alors… alors je pense que ça compte quand-même. »Il lui faut un moment pour comprendre, son regard allant des plumes éparpillées aux mains vives et compétentes de Rey. « Tu as chassé pour moi ? » demande-t-il doucement, le cœur battant à tout rompre et tout son corps parcouru de l’adrénaline née de l’espoir.Elle lui rend finalement son regard, et il le voit sur son visage avant même qu’elle ne parle : une décision prise en toute connaissance de cause. « Je promets », dit Rey d’une voix féroce qui contraste avec son expression douce et vulnérable, « que tu n’auras jamais faim. »

----- CHAPTER BREAK -----

Ben n’est pas autorisé à toucher à l’oiseau avant qu’il ne soit cuit — « Ça fait partie du cadeau », insiste Rey quand il lui propose son aide, et il n’est pas assez bête pour protester — mais elle le laisse compléter leur repas avec ses propres provisions, et accepte d’utiliser sa cambuse. Sa préparation est rapide et experte ; elle plume et vide et coupe l’oiseau en morceaux.« Y a-t-il beaucoup d’oiseaux sur Jakku ? » demande-t-il à un moment, en la regardant inspecter la sélection d’assaisonnements qu’il a à sa disposition, et renifler une espèce de poivre de Kashyyyk qui la fait éternuer.« Quand on sait où regarder. » Elle commence à verser des épices dans un petit bol et à concocter un mélange intéressant qui devrait bien aller avec la viande, pense-t-il. « Il y a un oiseau — plus petit que celui-ci — qui aime nicher dans les vieux destroyers. Il faut être prudent, quand on en trouve, parce que toute la volée attaque pour protéger les petits. » Rey remonte la manche du bras que Plutt n’a pas touché, et révèle toute une grille de cicatrices. « La plupart des gens ne font pas cette erreur une deuxième fois. »Ils ne se sont pas touchés depuis qu’elle est revenue. Il la touche maintenant, passe le bout des doigts sur les lignes entrecroisées. « Une autre raison pour les bandages ?— Oui. » Sa voix est légèrement essoufflée, ses yeux baissés pour suivre la caresse. « Et — pour le soleil. Et pour la chaleur, la nuit. »Un petit bruit échappe de la gorge de Rey quand il s’agenouille et pose un baiser sur le treillage près de son coude. « Tu as appris à chasser toute seule ? » demande-t-il doucement, en examinant son bras de plus près et en découvrant un délicieux amas de taches de rousseur à l’intérieur du poignet.« Oui. » Rey a complètement cessé de travailler, et quand il lève les yeux vers elle, elle a l’expression de quelqu’un saisi dans un rêve inattendu. « Mais… le boucher de Niima Outpost m’a appris comment mieux traiter mes prises. Plutt avait une dette envers lui, j’avais une dette envers Plutt. J’ai passé une saison à apprendre à plumer et écorcher et vider et désosser.— Tu avais quel âge ?— Onze ans. »Un dernier baiser sur les cicatrices, sur la peau délicate juste à côté, et il se relève. « Je suis honoré de partager ta prise, mon cœur. »Sa réponse vient avec une touche d’acidité embarrassée. « Tu peux l’être. »Il y a une gravité plaisante à ce temps de préparation du repas, un silence complice entre eux. Elle place ses timbales sur la table, une fois qu’il a mis le couvert, et il les remplit d’eau et verse du vin dans des verres communs. Ensemble ils s’assoient devant ce que Ben voit comme un repas de mariage, le cadeau de Rey et ses offrandes sur leurs assiettes.Et il est délicieux, son oiseau, assaisonné d’épices et de sel et d’un genre de zeste, la peau croustillante et la viande tendre. Elle sourit après la première bouchée, toute trace d’inquiétude disparaissant de ses yeux, et puis elle se lève et déplace sa chaise, son assiette, sa timbale pour venir s’asseoir juste à côté de lui. « Tiens », dit-elle, en prélevant avec les doigts ce qu’il peut voir être un morceau parfaitement cuit de sa propre assiette et en le portant à ses lèvres. « Pour toi. »Il mange, la regarde s’illuminer de plaisir, sent la douce pression de ses seins contre son bras. Il abandonne son couteau et sa fourchette et lui rend la pareille, les joues cuisantes quand la langue de Rey vient effleurer le bout de ses doigts.« Est-ce qu’on vient de se marier ? » demande-t-il doucement, ne sachant trop si son regard intense a un sens autre que leur intimité présente et future, et elle revient sur sa chaise avec un rire.« Non. » Rey détache un autre bout de volaille avec les doigts, qu’elle porte à sa bouche. « Ça impliquerait des témoins, et le partage de l’eau — sur Jakku, en tout cas. » Elle lui offre un morceau de peau particulièrement croustillant, et il presse un baiser sur ses doigts une fois qu’il a passé ses lèvres. « Dans les villages les célébrations duraient tard dans la nuit. Parfois — s’il n’y avait pas de vent — je pouvais entendre un peu de musique.— Tu n’y allais jamais ? »Elle détourne le regard en triturant sa serviette. « Je n’y avais pas ma place. »Sur une impulsion soudaine, il l’attire sur ses genoux et l’entoure de ses bras. « Tu as ta place ici. », murmure-t-il avec force, et c’est peut-être cela, ou son geste subit ou peut-être les deux qui lui font écarquiller les yeux. « Juste ici. »Ses lèvres tressaillent, et elle se détend contre lui. « C’est ta façon de dire que nous devrons partager ton trône ? »C’est à son tour de détourner les yeux, son esprit et son corps se rappelant un rêve de cette exacte situation, et une absence certaine de vêtements. « Je suppose que ça serait… distrayant », admet-il, en avalant sa salive quand elle lui déboutonne le col.« Et causerait toutes sortes de rumeurs. » Elle caresse le petit triangle de peau révélée, en le regardant avec curiosité. « Est-ce que tu me tiendras la main ? En public ?— Oui. » Il lui relève le menton, l’embrasse doucement, prudemment. De manière incroyable, elle est sienne, tout comme il est sien, et il craint à la fois de ne jamais être rassasié d’elle et de se montrer si ardent qu’elle finira par le repousser. « Tu auras ton propre trône. Peut-être un peu plus haut que le mien, la taquine-t-il, pour que le haut de ta tête soit au même niveau que le mien. »Rey se penche vivement, lui mordille la mâchoire. « Peut-être que je m’assiérais simplement sur le dossier du tien », le taquine-t-elle en retour, les doigts pris dans son col. « Comme ça tu seras à mes pieds.— Ça pourrait me plaire », répond-il simplement, et elle recule légèrement comme pour mieux l’observer.« Non », finit-elle par dire, et son expression est pleine d’un regret sincère. « Je n’aurais pas dû plaisanter. Nous nous sommes mis d’accord pour être égaux, et tu as — tu as passé trop de temps à genoux, Ben. Je ne te ferais jamais ça. »Il pense à sa honte, à sa colère, à sa couardise dans la salle du trône tandis que Snoke jouait avec Rey, condescendant alors même qu’elle était superbe dans sa rage. Tuer son maître avait été la bonne chose à faire, mais il sait qu’il aurait dû agir plus tôt. « Je me mettrai parfois à genoux. »Quand elle ouvre la bouche pour protester il pose un doigt sur ses lèvres. « En privé, continue-t-il, enjôleur. Ce serait une faveur, Rey. Pour moi. »Elle fronce les sourcils, entre incompréhension et irritation. « Je t’ai dit que je ne tiendrais pas la laisse. »Il place une main sur son entrejambe, presse gentiment entre ses cuisses. « Ma bouche entre tes jambes, dit-il simplement. À genoux pour cela, Rey.— Oh. » Elle cille, et il peut presque voir son esprit remettre leur conversation dans son contexte. « Oh. »Ben porte un morceau de pain tendre à ses lèvres, laissant une légère trace de beurre. « Si tu me le permets. »Rey avale en hâte. « Oui. »Elle semble presque choquée quand il lèche le beurre sur sa bouche, mais le choc passe bien vite ; quelque chose d’affamé et de curieux le remplace en un instant, et bien qu’un repas presque intact attende sur la table Ben comprend qu’il est, dorénavant, le repas. C’est une expression qui ne lui est pas tout à fait étrangère, vue sur les visages d’amantes potentielles, mais qu’il a toujours attribuée à un désir pour quelque chose d’autre que son corps. La retrouver sur le visage de Rey, avec sa chaleur sur ses genoux et l’arôme de son présent sur sa langue, est une chose puissante, entêtante.Parce qu’elle le veut, lui. Elle ne veut pas le trône ou les crédits ou les beaux vêtements dont il aimerait parer son corps, elle veut l’affaire compliquée et dangereuse qu’est son amour, au lit et hors du lit, et elle préfèrerait probablement ne pas être propulsée dans un autre rôle qu’elle n’a jamais demandé à tenir.Tout de même. « Nous n’avons pas besoin de faire quoi que ce soit ce soir », lui dit-il doucement, en faisant de son mieux pour écarter le désir de sa voix. « Seulement ce pour quoi tu es à l’aise.— Je n’ai pas passé ma journée à chasser pour me réveiller vierge demain matin. » Son sourire, à son rire surpris, s’évanouit bien vite. « À moins — à moins que tu ne sois pas prêt.— Je suis prêt. »Rey n’a pas besoin de plus ample permission et ne fait pas de quartier quand elle l’embrasse, un bras possessivement passé autour de son cou et sa langue venant lécher la soudure des lèvres de Ben, qu’il lui ouvre volontiers, se laissant dévorer. Une main agile et déterminée remonte sa tunique pour trouver la peau nue de son flanc, l’autre attrape son col, et elle gigote tellement qu’il gémit et se cambre. Elle s’arrête, avec l’air de quelqu’un qui a fait une découverte intrigante, et la main à son col remonte se glisser dans ses cheveux. « Comme ça ? » demande-t-elle, le souffle court, en remuant encore une fois.« Tu pourrais m’annihiler rien qu’en faisant ça », admet-il, si près du but que c’en est presque douloureux.« J’aurais aimé savoir ça sur Starkiller. » Son baiser suivant est chaste et bref, ses joues enflammées. « Est-ce que tu — tu voudrais bien —— Tout ce que tu veux. »Sa voix descend au niveau d’un marmonnement. « Quelque chose que Rose m’a raconté une fois. Sur un couple dans une holovid. »Selon l’explication qui va suivre, Rose pourrait être sa nouvelle Némésis ou sa future meilleure amie. « Quoi ? »Quand Rey lui jette un regard embarrassé il hausse un sourcil et murmure, « Comment puis-je assouvir tes désirs sans savoir ?— Tu me baignerais ? »C’est uniquement grâce à une prudente respiration de méditation qu’il maintient un semblant de calme. Rey poursuit, hâtivement. « Ça avait l’air agréable. Être touchée comme ça. Gentiment. Par quelqu’un qui accepterait d’utiliser une partie de sa portion d’eau pour… pour me faire plaisir. » Elle baisse la tête, ses deux mains retombent sur ses genoux, se tordent. « C’est facile de trouver de l’eau, maintenant, mais ça me semble toujours précieux. Comme un luxe, et— »Elle grogne, surprise, quand il se lève brusquement en la portant. « J’offre une récompense à Rose », l’informe-t-il, en se dirigeant à grand pas vers la douche.« Simplement pour ça ? » Elle resserre son étreinte, sa tête vient reposer sur son épaule. « Une fois elle a mordu le général Hux, tu sais », offre-t-elle, en lui caressant un côté du cou.« Oublie la foutue récompense ; je la nomme amiral. »Son rire est une bénédiction et plus encore, parce qu’elle affiche encore un large sourire, le nez plissé, quand il la dépose. « Elle pourrait ne pas accepter », dit Rey quand il saisit l’ourlet de sa tunique. Il inhale brusquement en faisant remonter le tissu, révélant la peau nue et les bandages qui maintiennent ses seins. Elle lève les bras pour l’aider à passer le vêtement par-dessus sa tête, et sourit quand elle réapparaît dans son champ de vision. Il est trop choqué par le spectacle pour seulement savoir s’il lui rend son sourire ; elle est tout en muscles noueux, constellée de taches de rousseurs et de vieilles cicatrices, et il veut les embrasser, toutes jusqu’à la dernière, il veut caresser les boucles sous ses aisselles. « Eh bien ? » demande-t-elle doucement, les bras croisés, nerveuse.« Tu es très belle. »Elle renâcle, dédaigneuse. « Pas du tout.— Si. » Elle laisse retomber ses bras quand il caresse son torse des deux mains, s’arrêtant à ses hanches qui semblent faites pour son étreinte. Il peut presque voir ses côtes, en y regardant de près. À partir de maintenant elle aura toujours suffisamment à manger. « Regarde-toi », murmure-t-il, en s’agenouillant pour embrasser son ventre et le creux de son nombril. « Parfaite. »Il reste à genoux, l’aide à retirer ses bottes et ses chaussettes une à une avant de venir trouver la ceinture de son legging. « Puis-je ? »Elle acquiesce vivement et ses doigts viennent se prendre dans ses cheveux.Il y a un hématome sur son genou droit, une égratignure en train de cicatriser sur son mollet gauche, et un trou dans sa culotte au niveau d’une fesse. Il chatouille la petite zone de peau du bout du doigt et est récompensé par un gloussement étouffé ; il lève le regard et voit que le rouge de ses joues se diffuse et s’étend sur son cou et sa poitrine, et que ses yeux sont écarquillés. « On peut s’arrêter quand tu veux.— Je ne veux pas arrêter. » Ses mains se crispent, et puis elle repousse sa culotte qui tombe sur le sol. « Enlève tes vêtements. »Il se hâte d’obéir et se déshabille avec bien moins de soin qu’il ne lui en a accordé tandis qu’elle défait ses cheveux et retire le bandeau qui ceint sa poitrine, révélant une peau striée de marques rouges temporaires.Rey vient le toucher. Elle presse les mains contre son torse et passe le pouce sur un de ses tétons, et il lutte avec la fermeture de son pantalon alors même qu’un hoquet lui échappe. Elle repousse ses mains et termine le boulot si rapidement qu’elle fait sauter un bouton qui rebondit sur le sol.Le poids de son regard sur sa queue, quand il est finalement entièrement dévêtu, est évaluateur et intense à tel point qu’il panique presque, mais elle s’avance vers lui avec un sourire. « Tu es très beau », déclare-t-elle fermement, en se pressant contre lui, sans s’effaroucher de le sentir contre son ventre. Il ne se sent pas beau ; il se sent gigantesque et capable de la briser, bien qu’il sache exactement à quel point elle est forte. « Tu es à moi ?— Je suis à toi. » Avec une grande inspiration — elle le désire, il la désire, il en a rêvé et il ne laissera pas la peur l’arrêter maintenant — il tâtonne pour ouvrir le robinet, tout en soutenant son regard. « Laisse-moi prendre soin de toi, mon cœur. »La douche n’a pas été conçue pour contenir deux personnes. Il se tient, dans l’ensemble, en dehors du jet pour qu’elle puisse profiter de la chaleur et de la pression de l’eau qui assombrit ses cheveux et glisse le long de son corps. Elle va sentir comme lui, se rend-il compte, avant même qu’il ne l’accueille dans son lit, et ses mains tremblent à cette pensée.« Est-ce que tu as besoin de tout ça ? » demande-t-elle pendant qu’il lui lave les cheveux, et il jette un regard à la rangée de produits soigneusement rangés sur une étagère. « Parfois.— Tu vas tous les utiliser sur moi ?— Très probablement. » En espérant qu’il ne se couvre pas de honte en jouissant, simplement parce qu’elle est nue tout près de lui, ce qui semble tout à fait possible.Elle fronce les sourcils, le laisse la positionner pour que l’eau rince le shampoing. Elle est faite pour cela, se prend-il à penser. Rey est faite pour la verdure, les plantes en pleine croissance et une abondance d’eau. « Jusque-là j’utilisais juste le savon qu’il y a dans les douches de la base, pour tout.— Tu pourras me dire après quelle méthode tu préfères. » Son ton est taquin, mais il applique l’après-shampoing avec soin. L’extrémité de ses cheveux est inégale ; qu’elle les coupe elle-même ou que quelqu’un d’autre manie les ciseaux, il n’a pas été prêté grande attention au processus.« Ben ? »Il y a quelque chose dans sa voix — peut-être de l’incertitude, peut-être quelque chose d’autre, mais quand il stoppe immédiatement et s’écarte pour la laisser sortir Rey lui prend le poignet. « Je suis… je ne suis pas raffinée », déclare-t-elle, et il perçoit effectivement de l’incertitude mais aussi une bonne dose de détermination, comme le confirme l’angle de sa mâchoire. « Je ne suis pas sûre de vouloir l’être. »Il fait une supposition au hasard, sachant qu’il se trompe probablement. « Est-ce que c’est encore une histoire de fourchettes ?— Non. » Un coin de sa bouche frémit avec une trace d’amusement, et elle guide sa main pour venir toucher les boucles entre ses jambes. « Est-ce que ça te dérange ? »Il laisse la main là où elle l’a si gentiment placée, quand bien même la sienne retombe à son côté. « Pourquoi ça me dérangerait ? »C’est une question innocente, mais elle carre les épaules comme pour se préparer à une dispute. « Tu— »Le frôlement de ses doigts contre sa peau sensible — les prémisses d’une exploration, une caresse aimante — l’interrompt brièvement avant qu’elle ne retrouve ses mots, la voix un peu tendue tandis qu’il continue de la toucher. « J’ai vu— j’ai vu des holovids… et les douches étaient communes, et—— Et tu es parfaite telle que tu es. » Il fait pivoter Rey, le dos contre son torse, passe un bras ferme autour de sa taille et continue ses caresses. « Dans une galaxie aussi étendue et diverse que la nôtre, ce que pratiquent une poignée de monde du noyau ne signifie rien. Ce qui te rend heureuse est tout ce qui compte, et quiconque essaie de te faire honte pour te forcer à épiler le moindre de tes poils pourra éprouver toute la force de ma colère. »Le rire de Rey est mal assuré, à bout de souffle tandis que les doigts de Ben décrivent des cercles sur son clitoris ; une de ses mains vient se plaquer à la paroi de la douche devant elle. « Tu — tu ne peux pas simplement tuer les gens qui — kriff — pensent que je devrais me raser les aisselles.— Si, je peux », grommelle-t-il dans ses cheveux, et il étouffe un rire quand elle se contorsionne pour lui mordre le biceps. « Personne ne blesse ma femme. »Il ne faut pas longtemps à Rey pour jouir avec un cri, les genoux flageolants et son corps soudain flasque contre Ben, et il la maintient debout (en murmurant des encouragements dans son oreille, la serrant contre lui) jusqu’à ce qu’elle retrouve un peu de stabilité. « Pas de meurtres », ordonne-t-elle, mais sa voix a quelque chose d’un ronronnement satisfait, et quand elle se retourne entre ses bras la courbe de sa bouche est tendre. « Viens me trouver et refais plutôt ça, à la place. »C’est un compromis avec lequel il peut vivre.Rey sourit tandis qu’il termine sa tâche la plus agréable — savonner sa peau, la rincer, la sécher doucement. Il y a une étincelle sauvage, impatiente dans ses yeux quand il a fini, et c’est alors — les cheveux humides sur ses épaules, uniquement vêtue d’une rougeur pudique — qu’elle le pousse hors de la douche jusque dans sa couchette où elle rampe au-dessus de lui.Elle attaque : petites morsures éparpillées sur le torse et les cuisses de Ben, les pointes de ses cheveux frôlant sa peau tandis qu’elle l’explore à sa façon et laisse ses propres marques. Elle referme une main sur son érection lorsqu’elle lui lèche la hanche, et il peut sentir sa bouche se recourber en un sourire à son sursaut tremblant et gémissant. Rey change de position, à cheval sur ses cuisses et semble inspecter son nouveau terrain — et puis doucement, délicatement, elle touche la cicatrice qui serpente le long de son visage jusque sur sa poitrine, puis celle sur ses côtes. « Tu as gardé ces marques à dessein. »Il cille, met un moment à enregistrer son commentaire à travers un brouillard de plaisir et de désir. « Oui.— Pourquoi ? »Des larmes imprévues lui brûlent les paupières. « Pour me souvenir.’Elle glisse vers l’avant, les genoux de chaque côté de son torse. « Je ne regrette pas ce moment », dit-elle d’une voix douce et sérieuse, en lui touchant la joue. « Ça. T’avoir jeté dans la neige. Je suppose que je le devrais.— Non. » Il caresse son dos, ses flancs, ses hanches. « Pas du tout. Mon— »Et il sourit, un peu, alors même qu’une larme échappe et roule sur sa joue. « Mon père aurait ri. C’est du Solo tout craché, se faire furieusement corriger par sa future femme. »Rey renâcle, se penche pour lui mordiller une oreille. « Pourvu que ta mère soit tout aussi amusée quand elle apprendra la nouvelle.— Il faut espérer, mais il faudra peut-être un petit-enfant ou trois pour obtenir son pardon complet. »Elle roule à côté de lui avec un rire, et vient se loger dans l’espace restant entre son corps et le mur. « Fais m’en un, alors », dit Rey, ses mots (et la façon dont elle écarte les cuisses, par les étoiles, il meurt de faim) comme un coup porté à sa gorge. À court de mots, il se tourne pour lui faire face et pose une main sur son bas-ventre.« Tu— »Il tousse, pris d’un léger vertige. « Tu n’as pas d’implant ?— J’étais occupée », répond-elle en haussant les épaules, sourcils arqués. « Avec une guerre.— Ah. » Il se blottit contre elle, enfouit son visage dans ses cheveux. « J’en ai un. »La réponse de Rey est carrément enjouée. « Alors on a le temps de s’entraîner. »Le bruit qu’il émet — comme le sifflement d’un ballon qui se dégonfle — n’est pas du tout digne d’un véritable Suprême Leader. « S’entraîner », approuve-t-il quand il peut à nouveau parler de manière à peu près normale, en se déplaçant pour venir se placer entre les cuisses de Rey. Il ouvre son sexe avec les pouces, y dépose un léger baiser qui la fait piailler. « Laisse-moi te montrer un nouvel exercice, mon cœur. » Son sourire est sincère et malicieux, et il ne s’est pas senti si léger depuis… depuis des années. « Pour tes abdos. »La tape à l’arrière de sa tête a pour seul effet de le faire rire, et ensuite il apprend. Son goût, la façon dont ses hanches ondulent sous son bras qui la retient, la façon dont elle se contracte autour d’un, puis deux, de ses doigts. La façon dont ses mains viennent s’agripper à ses cheveux, et celle dont elle emplit l’air de soupirs et de jurons et de supplications et tape du talon au bas de son dos, et celle dont elle jouit, si douce, sous sa langue.Elle semble hébétée, quand elle parle enfin — une fois qu’il l’a prise dans ses bras, les membres flasques — et ses mots le font rire doucement. « Peut-être bien que tu y connais quelque chose, en exercices pour les abdos, finalement.— Quand il s’agit de toi, je suis très enthousiaste à ce sujet. »Rey le cogne légèrement sur l’épaule, et ses dents viennent frôler la peau de son cou. « Je t’aime. »Il resserre son étreinte en battant des cils — il est à nouveau au bord des larmes. « Vraiment ?— Pas à cause de ça. » Son ton est presque grincheux, et bizarrement c’est ce qu’il a jamais entendu de plus charmant. « J’ajouterais une ligne pour toi. Deux. Une douzaine. »Et maintenant il pleure bel et bien, trempant de ses larmes la chevelure emmêlée qu’il a hâte de torsader en tresses bien spécifiques. « J’espère que tu n’en auras jamais besoin. » Il roule sur le dos quand elle le pousse, croise son regard de ses yeux probablement rougis alors qu’elle s’installe au-dessus de lui. « Je t’aime aussi.— Ils tourneront un holodrama sur nous, un jour. » Elle a l’air à la fois amusée et ennuyée à cette idée. « Je parie qu’elle sera impeccablement épilée.— Mon cœur, on aura de la chance s’il n’y a qu’un seul holodrama sur nous. Ou rien que des holodramas », corrige-t-il, en la prenant par les hanches. « Au lieu de…— Je sais. » Elle se penche en avant, en faisant glisser les mains sur son torse. « J’ai vu ces extraits de porno de mauvaise qualité. Tu serais étonné de savoir combien de portions tu peux — pouvais, je suppose — en obtenir sur Jakku. »Rey n’est qu’intention, au-dessus de lui, et elle essuie doucement ses larmes avant de se pencher pour l’embrasser. « Ils ne sauront jamais tout ça », dit-elle contre sa bouche, et elle se moque bien de goûter à son propre arôme sur sa langue. « Ils ne nous comprendront jamais vraiment. »Et elle a raison. Il sait — il peut voir — les années à venir, les histoires, les exagérations où ils seront tour à tour le monstre possessif et manipulateur et l’humble subalterne, et toutes les autres possibilités imaginables. « Non, en effet.— Alors qui s’en soucie ? » Elle ajuste sa position au-dessus de lui, et — avec l’aide de Ben, parce que l’expression sur son visage la lui demande — elle insère et glisse. Pas très loin, pour ce premier essai, mais il contient un gémissement, résiste à l’envie de ruer, tandis qu’elle étouffe un hoquet.« Laisse-moi t’aider. » Sa voix est rauque et caverneuse, tendue, mais la main qu’il déplace entre les cuisses de Rey est aussi sûre qu’elle peut l’être étant donné leur familiarité limitée. « Je te comprends. » Elle s’empale sur lui, petit à petit, la peau dorée et rosie et parsemée d’étoiles, le regard rivé sur lui. « Rey. »Son souffle est tremblant quand elle touche à sa limite, et puis elle ondule des hanches d’une façon qui manque de l’achever. « Et je te comprends. »Plus tard ils riront des marques qu’ils laissent — laissées par les dents et les ongles courts de Rey, par l’attention dévouée qu’il porte à son cou et à ses seins — mais le commencement est tendre et elle ne détourne jamais le regard, le contemple comme s’il était chaque repas, chaque goutte d’eau qu’elle s’est jamais vu refuser. Il soupçonne — sait — que son expression à lui reflète cela ; ils sont affamés et se voient présenter un festin, et elle est à lui comme il est à elle et le lien entre eux flamboie comme si la Force elle-même se réjouit de l’accord de ces être entêtés.Sa volonté faiblissante cède quand le lien lui donne un aperçu de ce qu’elle ressent, le laisse éprouver son désir de sentir la moindre partie de lui pressée contre elle. Elle le veut, lui, elle l’aime, et une pensée égarée qui ne peut que venir d’elle traverse l’esprit de Ben juste avant qu’elle ne jouisse : Je tuerai quiconque essaiera de me l’enlever.Il rit, durant ces derniers coups de reins frénétiques. Il ne peut s’en empêcher.Elle repose drapée sur lui, après, le lien plus calme mais comme renforcé, resserré. Il perçoit l’état physique et émotionnel de Rey, par petites touches — rassasiée, possessive, assoiffée — qu’il examine l’une après l’autre en reprenant son souffle.« Toujours en train de réfléchir, hein, murmure-t-elle. Je peux te sentir ruminer.— Je n’ai pas été capable de te percevoir de cette façon depuis— »Il s’interrompt, réticent à souiller l’air avec le nom de Snoke. « Même alors, ce n’était pas si fort.— Je te bloquais », dit Rey avec un bâillement. « Quoique tu sembles effectivement… plus proche.— Je suis toujours en toi. »Elle rit, frotte son nez contre la courbe de son cou. « Mentalement. »Il promène le bout de ses doigts le long de sa colonne, et sourit en sentant son esprit ensommeillé. « Ne t’endors pas », murmure-t-il, en lui chatouillant les reins. « Pas maintenant. »Rey se redresse juste assez pour poser le menton sur les mains, posées à plat sur son torse. « Pourquoi pas ?— Parce qu’il faut qu’on finisse de dîner — je vais l’apporter ici, mon cœur, pas besoin de bouger — et ensuite je veux tresser tes cheveux.— Je suppose que c’est acceptable », admet-elle, en touchant la fossette au-dessus de sa lèvre supérieure avec un petit sourire émerveillé.« Et ensuite je te mettrai au lit. Ici. » Pour ronfler doucement à ses côtés, toute la nuit cette fois.« Ton lit est plus grand que le mien.— Et ensuite… »Rey pose un baiser sur son menton, la voix douce. « Tellement d’“et ensuite”. »Toute une galaxie. « Nous nous occuperons de chacun d’eux, l’un après l’autre.— Oui. » Avec un sourire elle se détache de lui et se laisse tomber sur le matelas, s’étire longuement. « Mais manger… c’est un bon début. »---Plus tard — et ensuite, et ensuite, et ensuite — il y aura des protestations choquées et des disputes et des rumeurs, des discussions de paix et des pourparlers difficiles et des traités, et l’arrestation d’un mercenaire bien particulier — à la grande surprise de celui-ci. Il y aura une cérémonie calme, privée, présidée par une prêtresse effarée sur une planète de la Bordure Extérieure, et un spectacle en grandes pompes auquel assistent anciens amis et ennemis et qui est suivi depuis quasiment chaque recoin de la galaxie. Il y aura des torts réparés et des erreurs commises, des nuits sans sommeil et des demandes de clémence, et la création d’un nombre étourdissant d’holos et d’histoires et de chansons (dont certains seront même proches de la vérité). Il y aura des murmures et des rires étouffés dans des chambres obscures, des bras réconfortants dans des moments difficiles, et des bébés que l’on promène dans des corridors sans fin pour les endormir.Mais tout ça, c’est plus tard. Voici pour maintenant : une soirée inespérément calme sur une planète si obscure que la plupart n’ont jamais entendu son nom, sur une base rebelle que l’Empire n’a jamais découverte, dans une pièce sans fenêtre aussi confortable que possible. Sur une table se trouvent une tasse de thé en train de refroidir et un petit paquet livré par des moyens sûrs, et dans ce paquet une boîte en bois gravée du sceau de la famille royale d’Alderaan.Leia Organa-Solo — qui n’a pas vu ce sceau en-dehors de livres ou de ses rêves depuis bien trop longtemps — contemple l’objet un long moment avant d’enfin soulever le couvercle (et ses mains tremblent, juste un peu). À l’intérieur se trouve quelque chose qu’elle n’a pas vu depuis plus longtemps encore, pas depuis l’époque où elle était une adolescente qui se rappelait encore les promenades dans les forêts de son monde natal : un nœud d’amour à l’ancienne mode alderaanienne, une tresse complexe faite de mèches sombres et d’autres plus claires, reposant sur un lit de velours.Il n’y a pas de note explicative, mais elle n’en a pas besoin. Elle sait exactement qui lui a envoyé ce présent, et son esprit est déjà en partie pris dans le tourbillon de possibilités et d’impasses de ce futur tout neuf et inattendu en train de se matérialiser. Plus tard, elle pleurera (parce qu’elle a prié et supplié et marchandé pour ce genre de signe et ce en silence depuis des années, parce que ce n’est pas une annonce venue d’un tyran mais un message de son fils), mais pour l’instant il n’y a pas de larmes.Maintenant — seule, et porteuse de ce qui n’est plus une étincelle d’espoir mais tout un brasier — elle rejette la tête en arrière, et rit.

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