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L’uniforme du colonel Uchiha Shisui rutilait. Ses bottes étaient probablement cirées du matin, si Yahiko en croyait leur incontestable brillance, et remontant à mi-mollet, elles laissaient ensuite la place à un pantalon brun extrêmement bien repassé.Yahiko savait que l’homme était célibataire. Il avait été sa cible pendant des mois entiers. Ce n’était donc pas une épouse de militaire qui avait son job.Vaguement, Yahiko se demanda ce qu’il se passait dans la tête de cet homme pour qu’il puisse cirer parfaitement ses chaussures pour venir torturer un prisonnier. Quelles connexions ne se faisaient pas dans un esprit pour ne pas voir le décalage profond entre la recherche de la parfaite brillance d’un cuir hors de prix et la réflexion autour de l’outil qui servirait à arracher des ongles.Ces gens-là, ceux de Konoha, étaient vraiment des monstres. Ils n’avaient pas d’âme.Yahiko finirait sans doute par mourir sous la torture que le colonel Uchiha lui infligerait. Plus vraisemblablement, il mourrait de l’absence de soins. Mais quitte à partir les pieds devant, il ferait en sorte de fermer sa gueule et de ne pas vendre les autres.— Qu’est-ce que tu cherchais dans mon bureau, petit espion ? demanda le colonel.Qu’il parle la langue de Yahiko était surprenant. Tout ce qui concernait son pays était considéré comme de la sous-culture indigne d’être apprise par des êtres supérieurs. C’était donc absolument hors-norme qu’un officier de Konoha se soit donné tant de mal pour communiquer avec eux.— L’adresse de votre pressing. Votre chemise est tellement incroyable, ça m’a rendu envieux.— Ah, de l’humour, sourit le colonel Uchiha. Ça ne te sauvera pas.Dans un autre contexte, Yahiko aurait trouvé son accent absolument charmant. Comme le reste de sa personne. Mais c’était également quelque chose que les gens de Konoha ne supportaient pas. L’homosexualité.Il tenta comme il put de se redresser, malgré les chaînes et menottes qui l’entravaient. Il souhaitait voir l’officier sous un autre angle.Yahiko avait bien conscience d’avoir la gueule tordue et abîmée par les coups que les gardes lui avaient assénés, mais il tenta quand même un sourire un peu charmeur en fixant son futur bourreau dans les yeux.— Vous êtes un très bel homme, colonel Uchiha. Je vous inviterai bien à boire un verre, mais je suis enfermé. Si vous êtes partant…Il tendit ses mains menottées vers le militaire, anticipant avec une certaine délectation l’écœurement qu’il était sûr de lire sur le visage du colonel.Mais rien ne vint. Le colonel fit un micromouvement en direction des menottes, puis il détourna le regard, embarrassé. Finalement, il quitta la pièce sans un mot, entraînant avec lui les deux gardes.Dans la solitude de sa cellule, Yahiko tomba des nues. À aucun moment il n’avait imaginé que quelqu’un comme le colonel Uchiha pourrait s’intéresser aux hommes. Il l’avait filé pendant des semaines entières, mais il n’avait jamais soupçonné une telle chose.Ce n’était simplement pas envisageable. Et pourtant, c’était là, sous ses yeux.Yahiko laissa l’horreur l’envahir quand il comprit que des personnes comme lui soutenaient et participaient activement au sein d’un régime qui leur voulait du mal.
